9 MISE AU POINT Andrologie 2003, 13, N~ 445-451
P r o s t a t i t e s : m i s e au p o i n t
Jean-Louis PARIENTE1, Luc SOYEUR1 et
les m e m b r e s du Comitd d ' A n d r o l o g i e de L ' A s s o c i a t i o n Frangaise d'Urologie2
1Service d'Urologie Andrologie et Transplantation renale, H0pital Pellegrin Bordeaux
2 Edouard Amar, Pierre Bondil, Daniel Chevallier, Patrick Coloby, Pierre Costa, Florence Gour, Beatrice Cuzin, Dominique Delavierre, Manuel Demailly, Jean Philippe Dumas, Antoine Faix, Frans Giuliano, Jean Hermabessiere, Vincent Izard, Alain Jardin, Frederique Kirsc-Noir, Michel Le Guillou, Philippe Mahe, Olivier Montaigne, Pierre Plante, Jean Marc Rigot, Dominique Rossi, Michel Schouman, Louis Sibert, Nicolas Thiounn,
Laurent Wagner, Herve Wallerand.
RESUME
Les prostatites sont des pathologies frdquentes. Elles apparaissent comme un groupe tr~s hdt6ro- g6ne. Le diagnostic de prostatite aigui~ a toujours 6t6 bien individualisd, alors que celui de prostatite chronique a toujours 6t6 beaucoup plus difficile. La classification traditionnelle distingue les prosta- tites aigui~s a s s o c i a n t un syndrome infectieux g6ndral, accompagn6 d'une alt6ration de 1'6tat g6n6ral, de troubles mictionnels et surtout, d'une prostate douloureuse au toucher rectal, et les pro- statites chroniques regroupant toutes les autres pathologies associant des troubles mictionnels, des douleurs pelviennes ou pdrin6ales ainsi qu'un dventuel dcoulement urdtral. Plus r6cemment, une classification plus objective, basde sur des crit6res histologiques et bact6riologiques, reposant sur I'a- nalyse des urines et du liquide prostatique a 6t(~ proposde par le NIH (National Institutes of Health). Cette classification permet d'individualiser 4 cad- res : prostatites bact6riennes aigui~s (cat6gorie 1), prostatites bact6riennes chroniques (cat6gorie 2), prostatites non bact6riennes (cat6gorie 3A), prosta- todynies (cat(~gorie 3B).
La n6cessit6 d'un traitement bien conduit semble tr6s importante pour &viter les r6cidives et le pas- sage tl la chronicit6. La recherche d'une st(~nose de I'ur~tre est indispensable. La prise en charge des tableaux chroniques est plus difficile et impose une analyse bact6riologique. Enfin il faut v6rifier le sta-
tut androgdnique du patient car tout d6ficit peut favoriser I'infection.
M o t s . c l e f s : prostatite aigue, prostatite chronique, Chlamydia trachomatis, androgenes, infertilite masculi- ne.
I. I N T R O D U C T I O N
La premiere difficult6 rencontr6e lors du diagnostic des prostatites concerne justement la d6finition du cadre noso- logique et de faqon corollaire, l'association ou non, de diff6rentes pathologies prostatiques ou plus g6n6ralement pelviennes, organiques ou fonctionnelles. En effet tr~s fr6- quemment le diagnostic de prostatite est pos6 devant un simple syndrome irritatif urinaire plus ou moins f6brile.
Correspondance :
Dr Jean-Louis PARIENTE - Service d'Urologie Andrologie et Transplantation rdnale, H6pital Pellegrin - Le Tripode, Place Am61ie Raba L~on, 33076 Bordeaux Cedex. France - Tel 05.56.79.55.35 Fax 05.56.79.56.51 Email jean- Iouis.parfente@chu-bordeaux. fr
Le diagnostic de prostatite aiguE a toujours EtE bien indivi- dualisE, alors que celui de prostatite chronique connu depuis le debut du XIX 6me si~cle a toujours EtE beaucoup plus difficile, puisqu'il avait fallu attendre FElix Guyon pour distinguer 1' adEnome prostatique de la prostatite chro- nique. En 1935 Marion isolait les prostatites chroniques de la pseudo-prostatite baptisEe h l'Epoque atonie prostatique, qui correspond aujourd'hui, ~ cette entitE fonctionnelle appelEe prostatose ou prostatodynie. Ceci a permis d'Eta- blir une classification traditionnelle qui distingue les pro- statites aiguEs associant un syndrome infectieux gEnEral, accompagnE d'une alteration de l'Etat gEnEral, de troubles mictionnels et surtout, d'une prostate douloureuse au tou- cher rectal, et les prostatites chroniques regroupant toutes les autres pathologies associant des troubles mictionnels, des douleurs pelviennes ou pErinEales ainsi qu'un Eventuel Ecoulement urEtral.
Plus rEcemment, une classification plus objective, basEe sur des crit~res histologiques et bactrriologiques, reposant sur l'analyse des urines et du liquide prostatique a EtE pro- posEe par le NIH (National Institutes of Health). Cette classification permet le calcul d'un index (chronic prostati- tis symptom index - CPSI) autorisant la quantification des symptrmes et l'Etude de l'efficacitE des traitements, mais de vEritables Etudes cliniques sont quasi inexistantes et aucune mrta-analyse n'a EtE rEalisEe [6, 16].
Cette classification permet d'individualiser 4 cadres : 9 Le premier correspond aux prostatites bactEriennes
aiguEs (catEgorie 1) : il s'agit d'un syndrome infectieux gEnEral aigu, des germes et des leucocytes sont retro- uvEs h l'analyse bactEriologique des urines et ?a l'exa- men clinique on retrouve une douleur aiguE au toucher rectal. I1 existe le plus souvent des troubles mictionnels associEs.
9 Le deuxi~me groupe correspond aux prostatites bactr- riennes chroniques (catEgorie 2) : cette fois il n ' y a pas de syndrome infectieux gEnEral, la prostate est rarement douloureuse mais plut6t hEtErogbne au toucher rectal, des bactEries et des leucocytes sont retrouvEs darts le liquide prostatique ou dans l'urine.
9 Le troisi~me cadre correspond aux prostatites non bactE- riennes (catEgorie 3A) : le syndrome infectieux ou les douleurs ne sont pas retrouvEs de faqon constante et aucun germe n'est retrouvE au cours des examens biolo- giques. L'Etiologie est souvent real connue.
9 Enfin, le dernier cadre, correspond aux prostatodynies (catEgorie 3B) : il existe une prostate douloureuse asso- cire ~t des douleurs pErinEales et/ou pEniennes. On n'ob- serve pas d'inflammation ni d'infection au niveau des sEcrEtions prostatiques et des urines.
Ces classifications ne permettent pas de rrgler tous les pro- blrmes. La classification uniquement clinique regroupe sous le terme de prostatites chroniques, des pathologies assez diffErentes et ?a l'opposE, la classification moderne peut &re raise en dEfaut quand aucun germe ne peut &re mis en Evidence.
l I . R A P P E L S D E P H Y S I O L O G I E P R O S T A T I Q U E
La Prostate est une glande du volume d'une ch~taigne, d'un poids de 10 ~ 15 gr, situ6e sous la vessie et traversEe par l'ur~tre. On comprend aisEment les consequences sur la glande d'une pathologie urEtrale. La prostate est parta- gee en plusieurs zones :
9 La zone centrale situEe autour des canaux Ejaculateurs reprEsente 25 % du poids de la prostate.
9 La zone pEriphErique, palpEe au toucher rectal est le siege de 70 % des cancers. Elle reprEsente 70 % du poids de la prostate.
9 La zone de transition, latEro et pEri urEtrale comprend deux lobes. Elle est le si~ge de l'hypertrophie bEnigne et de 20 ~ 25 % des cancers.
9 La zone des glandes pEri-urEtrales correspond au lobe median.
9 Enfin ~ la partie antErieure de la glande, on retrouve la zone fibro-musculaire.
Les sEcrEtions prostatiques reprEsentent 30 % du volume de l'Ejaculat. Leur aspect est laiteux et leur pH IEg~rement acide (6,5 ~ 7). On y retrouve des ions (K+, Na +, Mg+, Ca +, Zn +, CI-, HO3, PO3), des citrates (ce sont des chela- teurs du calcium qui prEviennent la formation des lithiases prostatiques), des polyamines (spermine), des lipides (cho- lesterol), des protEines (25,5 mg/ml : albumine, protEine de sEcrEtion prostatique, (~l-glycoprotEine acide, Zn-(x2-gly- coprotEine), des enzymes (PSA, pepsinogbne C, dEshydro- gbnase, oxydases, catalase, diamine oxydase, nuclEotida- ses, transfErases, phosphatase acide prostatique).
Les principaux rrles des sEcrEtions prostatiques sont la protection des spermatozoi'des contre l'infection (zinc, polyamines) et la regulation de leur mobilitE : dans les 3 minutes qui suivent l'rjaculation, le plasma seminal coagu- le en un gel (sEmEnogEline et fibronectine) qui capte le zinc fixE sur la Zn-o~2-glycoprotEine et dEsinhibe l'activitE du PSA, ce qui permet la liquefaction du sperme. Le fluide prostatique amEliore la mobilit6 des spermatozoides (albu- mine, spermine) et inhibe la capacitation jusqu'h l'ovule par stabilisation des m e m b r a n e s par la spermine, elle m~me captEe plus tard par l'hEparine, srcrEtEe dans les voies grnitales fEminines. La captation du zinc, qui se fixe sur les noyaux, induit la dEcondensation de la chromatine.
L'ensemble des fonctions prostatiques est sous contrrle hormonal (DHT, oestradiol, neurohormones), d'oh l'im- portance de s'assurer qu'il n'existe pas de d6ficit androgr- nique chez le patient qui fait une prostatite rrcidivante ou chronique [8].
En cas de pathologies prostatiques et notamment de prosta- tites, il peut exister des modifications des srcrrtions pro- statiques. La concentration du zinc a 6t6 6tudi6e [3]. Le taux zinc est augment6 dans le noyau des cellules glandu- laires et diminu6 darts le cytoplasme en cas de cancer ou d'hyperplasie brnigne. Lors d'une prostatite aiguE, le taux de zinc est augment6 aussi bien dans le noyau que dans le cytoplasme. D'autres modifications real explorres sont certainement induites.
I I I . E P I D E M I O L O G I E
Les prostatites touchent l'homme le plus souvent entre 40 et 60 ans. Habituellement, les prostatites aigu~s touchent plus volontiers l'homme jeune alors qu'il semble que les prostatites chroniques touchent plus facilement l'homme ~gr. I1 est trrs difficile de fixer une frrquence exacte, mais sur une srrie autopsique de plus de 500 hommes ~grs de 20 h 90 ans, 6,3 % de 16sions inflammatoires ont pu ~tre retrouvres. La prrvalence des prostatites aux Etats-unis est de 5 h 9 %. Ceci reprrsente pros de 2 millions d'hommes traitrs pour prostatite chaque annre [ 18].
Des 6tudes rrcentes suggbrent l'existence de facteurs grnr- tiques, comportementaux et environnementaux. L'inflam- mation semble jouer un rrle trbs important et une mrta- analyse [5] a pu montrer un risque plus 61ev6 de cancer de prostate chez les hommes prrsentant un antrcrdent de pro- statite (odds ratio = 1,6).
Le lien entre les prostatites et l'infertilit6 masculine est beaucoup plus difficile a mettre en 6vidence, mais l'rtat inflammatoire qui en drcoule, l'infection du sperme, les modifications des srcrrtions prostatiques, le risque de rraction immunitaire ont certainement une responsabilit6 dans ce domaine [ 19].
I V . M I C R O B I O L O G I E
Comme nous le verrons plus loin, la recherche d'un germe peut &re rralisre en rrcupErant le premier jet d'urines pour les germes urrtraux et le deuxi~me jet pour l'urine vrsica- le. La spermoculture ou l'rtude des sEcrrtions prostatiques peuvent y ~tre associres [7, 12]. Le seuil de significativit6 d'une bactrriospermie est ?a 5x103 bactrries/ml de sperme pour les bactrries rrputres pathogbnes (S. aureus, E. coli, streptocoque B, ent~rocoques, haemophilus) et h 104 bac- trries/ml de sperme pour les bactrries saprophytes ou com- mensales (S. epidermidis), la culture devant ~tre mono- rnicrobienne. N. gonorrhoeae et C. trachomatis sont tou-
jours considrrrs comme pathog~nes quelle que soit leur numrration. Pour Ureaplasma urealyticum et Mycoplasma hominis qui sont des germes ubiquitaires vivant h l ' r t a t c o m m e n s a l au niveau des voies g r n i t a l e s (le p o u v o i r pathog~ne rrsulte de l'adhrsion des mycoplasmes sur les cellules du tractus grnital), une numrration suprrieure ou 6gale ~ 104 bactrries/ml de sperme pour U. urealyticum est considrrre comme pathogbne.
Selon l'Organisation Mondiale de la Sant6 (OMS), une leucospermie suprrieure h 106 leucocytes par ml d'rjacul~t (peroxydase positive) doit orienter vers une 6tiologie infec- tieuse. Les granulocytes sont les leucocytes majoritaire- ment reprrsentrs dans le sperme (50 h 60 %), suivi par les macrophages (20 h 30 %) et par les lymphocytes T (2 h 5 %). La recherche de leucocytes se heurte toutefois ~ plu- sieurs obstacles. A l'rtat physiologique d'autres types de cellules rondes peuvent ~tre retrouvre clans le sperme et en particulier des cellules germinales immatures (spermati- des). Les techniques de coloration traditionnelles (Papani- colaou, Giemsa) permettent difficilement de diffrrencier les leucocytes des cellules germinales immatures dans le sperme. Les granulocytes peuvent ainsi ~tre confondus avec les spermatides, et les lymphocytes ou les monocytes peuvent ressembler h des spermatocytes. La diffrrenciation entre ces types cellulaires nrcessite obligatoirement un m a r q u a g e h la peroxydase. Cette m r t h o d e est fiable, demande quelques minutes et coOte moins de 0,01 euros par 6chantillon. Toutefois elle ne peut pas identifier les lymphocytes et les monocytes. Un anticorps monoclonal utilis6 contre l'antig~ne commun aux leucocytes (CD45) permet d'identifier les granulocytes, les lymphocytes et les macrophages dans le sperme. L'inconvrnient majeur 6tant le coot 61ev6 et le temps nrcessaire (3 euros et 26 minutes par 6chantillon). I1 existe d'autres techniques plus compli- qures et plus chores.
V. A S P E C T S C L I N I Q U E S
1. P r o s t a t i t e s aigui~s
a) Clinique
Le drbut est souvent brutal, chez un homme jeune, avec un tableau frbrile ~ 39~176 des frissons, des courbatures. II existe le plus souvent des douleurs pelviennes, un trnes- me rectal associ6 ~ des signes urinaires : brfilures miction- nelles, pollakiurie, dysurie voire une rrtention aigu~ d'uri- ne. II peut exister, de fa~on plus rare, un 6pisode d'hrmatu- rie initiale ou d'urrtrorragie. Les urines sont troubles. Le toucher rectal retrouve une prostate nettement augmentre de volume, tendue, de consistance << succulente >> et parti- culi~rement douloureuse. II existe le plus souvent, une alt6ration de l'rtat grnrral. L'examen cytobactrriologique des urines retrouve une leucocyturie ou une pyurie avec
une bactrriurie, mais attention un examen normal n'exclut pas le diagnostic [ 11].
b) Traitement
Le traitement antibiotique doit &re institu6 rapidement, sans attendre le rrsultat de I'ECBU. Parmi les antibiotiques efficaces, les plus actifs sont les aminoglycosides, l'aztrro- name, les c6phalosporines de 3~ g6n6ration, le cotrimoxa- zole et les fluoroquinolones. Dans les formes graves, il est recommand6 de drbuter l'antibiothrrapie par voie parentr- rale jusqu'h la rrmission des signes infectieux. Le relais 6tant pris per os par une fluoroquinolone ou du cotrimoxa- zole. Dans les formes moins srvbres le traitement peut &re drbut6 d'emblre par voie orale, la durre du traitement est de 3 h 6 semaines afin d'rviter les rrcidives. Une attention toute particuli~re doit 6tre apport6e devant l'emergence d'Escherichia coli rrsistantes aux quinolones [2, 9].
c) Evolution
La gu6rison sera confirm6e par la disparition des signes cliniques et la normalisation de I'ECBU. En cas de dysurie extreme, voire de r6tention aigu~, un drainage des urines doit &re r6alis~. La seule solution envisageable est la mise en place d ' u n cath6ter sus-pubien. Le repos au lit est n6cessaire pendant les premiers jours, un anti-inflammatoi- re non st6roi'dien voire une corticoth6rapie peuvent 6ven- tuellement ~tre associ6s.
9 Une rechute peut survenir d~s l'arr~t du traitement anti- biotique ou plus tardivement quelques semaines ou quelques mois plus tard. Le tableau de cette rechute peut-6tre soit une prostatite aigu~ soit une prostatite sub- aigu~. I1 faut absolument 61iminer tout facteur 6tiolo- gique et en particulier une pathologie ur6trale, ~ distan- ce bien stir de l'6pisode infectieux.
9 Une 6pididymite aigu~ peut survenir de fa~on synchrone ou plus tardivement. Cette 6pididymite est quelques fois plus importante sur le plan clinique que la prostatite et le corollaire est donc de rechercher une prostatite devant un tableau d'6pididymite.
9 Une py61on6phrite aigu~ peut 6galement compliquer une prostatite insuffisamment trait6e.
9 L'abc~s de prostate est devenu beaucoup plus rare grfice ~t l'antibioth6rapie. Cliniquement, l'abc~dation doit ~tre suspect6e devant une fi~vre qui devient oscillante avec frissons, la douleur p6rin6ale et le t6nesme sont major6s et sur le plan biologique, l'hyper-leucocytose s'accen- tue. Le toucher peut retrouver une zone fluctuante et c'est l'6chographie qui confirme le diagnostic d'abc~s. Le traitement de cet abc~s peut ~tre r6alis6 par drainage et la voie trans-rectale est consid6r6e a c t u e l l e m e n t comme la voie de drainage la plus simple en cas d'abc~s unique. L'absence de traitement peut conduire ~ la fistu- lisation qui de nos jours est exceptionnelle.
La septicrmie vraie d'origine prostatique est rare et il s'a- git le plus souvent d'une simple bactrri6mie qui survient apr~s une maneeuvre instrumentale intempestive (sondage par voie urrtrale). Le risque 6volutif majeur de la prostatite aiguE reste le passage ~t la chronicitr. Ceci est favoris6 par un traitement insuffisant ou inadapt6 [15, 17].
Trois formes cliniques m~ritent d'etre individualis~es : les formes sub-aigu~s pour lesquelles le tableau d'infection urinaire f6brile est au premier plan et chez l'homme le tou- cher rectal s'impose pour confirmer le diagnostic. Deuxi~- mement, les formes trompeuses, f6briles pures ou doulou- reuses pures, voire un accident de r&ention aigu~ d'urine isol6e chez un homme jeune. Enfin la troisi~me forme est l'ad6nomite qui peut compliquer un ad6nome d6jh connu.
2. Prostatite chronique bact~rienne
I1 s'agit d'une infection chronique de la glande prostatique par des agents bact~riens qui scion Mac-Neal si~gent essentiellement dans la partie p6riph6rique de la prostate. Le tableau clinique n'est absolument pas sp6cifique et le diagnostic de prostatite chronique bact6rienne est en fait un diagnostic cytologique et micro-biologique qui repose sur l'~tude des s6cr6tions prostatiques et des urines. I1 s'a- git de l'6preuve de Meares et Stamey, raise en avant dans la culture anglo-saxonne : une p6riode de 3 jours d'absti- nence est recommand6e, puis, apr~s d6sinfection soigneuse du gland, on reccueille 4 pr61~vements d'urine et de s~cr6- tions prostatiques :
- les urines du premier jet,
- Les urines du milieu de miction dites v6sicales,
- Les s6cr6tions prostatiques obtenues par massage lors du toucher rectal, et
- les urines de fin de miction.
L ' a n a l y s e c y t o l o g i q u e et m i c r o b i o l o g i q u e permet de confirmer l'infection prostatique et d'identifier le germe en cause. En France, l ' a s s o c i a t i o n ECBU des premier et deuxi~me jets et spermoculture est plus facilement obte- nue.
a) Clinique
Le tableau est assez variable, il peut exister des troubles mictionnels qui peuvent ~tre au premier plan et associer une dysurie, une pollakiurie, des brfilures et des imp6riosi- t6s. Les urines sont souvent troubles, des douleurs pelvien- nes, hypo-gastriques ou p6rinrales peuvent ~tre ressenties par le patient et il peut exister 6galement des douleurs lors de l'rjaculation. Des signes rectaux peuvent ~tre associ6s. Des signes grnrraux sont habituellement absents en dehors des poussres aigu~s. On retrouve assez souvent dans les ant6crdents la notion de cathrrisme urrtral, d'ur6trite ou d'infection des organes grnitaux externes. L'examen cli- nique peut retrouver un noyau 6pididymaire, le toucher
rectal est souvent normal, quelques fois un nodule peut ~tre individualis6.
b)
Examens compl~mentairesL'6chographie prostatique peut retrouver quelques calcifi- cations et pr6cise la taille de la prostate et l'6tat des v6sicu- les s6minales. L'ur6trocystographie r6trograde peut objec- tiver des calcifications dans l'aire prostatique. L'injection de glande prostatique ou des images d'addition plus impor- tantes traduisent des s6quelles d'abcbs. I1 faut bien stir s'assurer de l'absence de r6tr6cissement ur6tral. La sper- moculture doit &re r6alis6e apr~s analyse du premier jet d'urine permettant l'analyse cytologique et bact6riologique quantitative de la flore ur6trale. La leucospermie est signi- ficative quand elle est sup6rieure h 106/ml, elle peut donc 6tre un compl6ment de l'6preuve de Meares et Stamey en cas de difficult6 ~ recueillir des s6cr6tions prostatiques. Le dosage de l'antig~ne prostatique sp6cifique (PSA) est transitoirement 61ev6 dans les prostatites aiguEs et peut ~tre 16g~rement 61ev6 dans les prostatites chroniques, posant le probl6me du diagnostic diff6rentiel avec un cancer prosta- tique, imposant 6ventuellement une ponction biopsie pro- statique.
c) Evolution
Elle se fait par pouss6es, s6par6es de p6riodes de r6mis- sions plus ou moins Iongues. La r6cidive pouvant survenir de faqon assez impr6visible, souvent lors d'un stress ou d'une fatigue importante. La recherche d'un foyer infec- tieux parait imp6rative, que ce foyer soit urinaire, digestif, dentaire ou ORL. A noter, une forme clinique particulibre correspondant h la prostatite chronique lithiasique se mani- festant par de nombreux calculs log6s dans les glandes pro- statiques m~me et favorisant l'infection.
d) Traitement
Le traitement repose 6galement sur l'antibioth6rapie ; l'an- tibiotique utilis6 dolt pouvoir franchir la membrane lipi- dique de l'6pith61ium prostatique et doit donc ~tre liposo- luble, peu 1i6 aux prot6ines plasmatiques et sa dissociation doit se faire sous forme ionis6e et non ionis6e dans le liqui- de interstitiel. Cette dissociation doit avoir lieu ~ pH 61ev6 (pKa>7). Le choix de l'antibiotique est donc orient6 par le germe isol6, l'antibiogramme et la bonne p6n6tration pro- statique. Les tEtracyclines ont 6t6 utilis6es en raison de leur efficacit6 sur les
Chlamydiae,
mais il s'agit d'antibiotiques bact6riostatiques et non bact6ricides. Le trimetoprime-sul- fometoxazol poss~de un taux d'efficacit6 variant de 32 7 1 % selon les 6tudes. Les fluoroquinolones donnent 6ga- lement de tr~s bons rEsultats.Les r6cidives sont particuli~rement fr6quentes malgr6 l'an- tibiothErapie. La r6section endoscopique prostatique peut ~tre propos6e chez un patient fig6 notamment s'il existe de nombreuses lithiases, mais ceci est bien stir inenvisageable chez le sujet plus jeune [10, 13, 14].
3. P r o s t a t i t e s n o n b a c t ~ r i e n n e s
Les prostatites non bact6riennes r6pondent h des crit~res cytologiques et microbiologiques stricts selon la classifica- tion de Meares et Stamey : il existe une inflammation au sein de la glande prostatique, comme en t6moignent le nombre 61ev6 de leucocytes dans les s6cr6tions prosta- tiques et l'absence de bact6ries pathog~nes aux examens microbiologiques r6p6t6s. La fr6quence de ces prostatites non bact6riennes est particuli~rement 61ev6e ; le probl~me principal reste leur cause, certains agents pathog~nes d'ori- gine mycosique ou parasitaire ont pu 6tre 6voqu6s. Le r61e pathog~ne de
Chlamydiae trachomatis serait important
chez ces patients avec une corr61ation 6troite dans plus de 50 % des cas entre la pr6sence deChlamydiae
et l'aug- mentation significative du nombre de leucocytes dans les s6cr6tions prostatiques. Ainsi la recherche d'anticorps voire du germe lui-m6me par des techniques de PCR per- mettrait de confirmer sa pr6sence [4, 21].a) Clinique
I1 s'agit rarement d ' u n e forme aigu~ s u p e r p o s a b l e au tableau de la prostatite aigu~ pour laquelle aucun germe habituel n'est isol6. La forme clinique chronique est, de loin, la plus fr6quente associant des signes fonctionnels type de troubles mictionnels, de douleurs pelviennes, voire de troubles sexuels. I1 n'existe pas de signes g6n6raux. Des examens compl6mentaires permettent d'61iminer une cause favorisante (r6tr6cissement ur6tral). Seuls les examens bio- logiques permettent le diagnostic. L'6preuve de Meares et Stamey objective la pr6sence de leucocytes.
b)
TraitementLe traitement est d'abord symptomatique associant benzo- diaz6pines, anti-histaminiques, voire anti-cholinergiques ou alpha-bloquants. Un soutien psychologique, des bains de siege, des massages prostatiques ont 6t6 propos6s mais leur efficacit6 est trbs largement discut6e. L' antibioth6rapie peut ~tre propos6e en ciblant l'6ventuel r61e pathog~ne de
Chlamydiae trachomatis
et d' Ureaplasma urealyticum jus- tifiant, pour certains, une antibioth6rapie syst6matique.4. P r o s t a t o d y n i e
les prostatodynies correspondent 6thymologiquement h des douleurs prostatiques ; elles regroupent en fait l'ensemble des patients pr6sentant des sympt6mes cliniques communs aux prostatites chroniques sans qu'aucun crit~re d'inflam- marion ou d'infection de la glande n'ait 6t6 retrouv& La physiopathologie des prostatodynies reste inconnue et l'o- rigine psychog~ne est souvent 6voqu6e. Sur le plan cli- nique, les douleurs sont souvent au premier plan, souvent pelviennes, hypogastriques, pelvi-p6rin~ales, g6nant fr~- quemment la vie sexuelle du patient. II existe 6galement des troubles mictionnels ~ type de dysurie, pollakiurie et aucun syndrome infectieux n'est retrouv6. Les explorations
radiologiques et biologiques sont normales. On peut retro- uver h l'examen urodynamique une hypotonie vrsicale, une instabilit6 vrsicale. Sur le plan th6rapeutique, les alpha-bloquants, les myorelaxants, la phytothrrapie [20] et les anti-cholinergiques peuvent ~tre propos6s. Une prise en charge psychologique parait indispensable. Enfin, l'hydro- thrrapie et la r66ducation p6rinrale ont 6t6 proposres [1 ].
V I . C O N C L U S I O N
Les prostatites sont des pathologies frrquentes. Elies apparaissent c o m m e un groupe tr~s hrtrrog~ne. Le dia- gnostic des prostatites aigui~s doit 6tre prrcoce car la nrcessit~ d ' u n t r a i t e m e n t bien c o n d u i t s e m b l e tr~s i m p o r t a n t p o u r 6viter les rrcidives et le passage h la chronicitr. La recherche d'une strnose de l'ur~tre est indispensable. La prise en charge des tableaux chro- niques est plus difficile et impose une analyse bactrrio- logique. Enfin il faut vrrifier le statut androgrnique du patient car tout drficit peut favoriser rinfection.
R E F E R E N C E S
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ABSTRACT
Prostatitis: a review
Jean-Louis PARIENTE, Luc SOYEUR
et les membres du Comitd d'Andrologie de L'Asso- ciation Fran(;aise d'Urologie
Prostatitis is frequent and appears to corresponds to a very heterogeneous group of diseases. The dia- gnosis of acute prostatitis has always been well defined, while that of chronic prostatitis has always been much more difficult.
The conventional classification distinguishes acute prostatitis comprising a systemic infectious syndro-
me, accompanied by alteration of the general state, voiding disorders and especially a painful prostate on digital rectal examination, and chronic prostatitis corresponding to all other diseases associating voi- ding disorders, perineal or pelvic pain and possible urethral discharge. More recently, a more objective classification, based on bacteriological and histolo- gical criteria derived from analysis of urine and pro- static liquid was proposed by the NIH (National Institutes of Health). This classification defines 4 categories: acute bacterial prostatitis (category 1), chronic bacterial prostatitis (category 2), non-bacte- rial prostatitis (category 3A), prostatodynia (catego- ry 3B).
Well conducted treatment appears to be very impor- tant to prevent recurrence and the development of chronic prostatitis. The presence of an urethral stricture must be excluded. The management of chronic prostatitis is more difficult and requires bacteriological examination. Finally the patient's androgen status must be verified, as androgen defi- ciency can promote infection.
Key Words: acute prostatitis, chronic prostatitis,
Chlamydia trachomatis,
androgens, male infertility.
Manuscrit res : avril 2003 ; accepte juillet 2003.