ANALECTA BOLLANDIANA
5HYXHFULWLTXHG¶KDJLRJUDSKLH ± A Journal of Critical Hagiography The Journal is published twice a year
(in June and December) in issues of 240 pages each.
La Revue paraît deux fois par an (en juin et en décembre); chaque livraison compte 240 pages.
Volume 134 (2016)
Subscription Print only Abonnement Papier ¼
Shipping included ± Frais de port inclus Société des Bollandistes
Sales Office Boulevard Saint-Michel 24 B ± 1040 Bruxelles (Belgium) Tel.: +32 2 740 24 21 ± Fax: + 32 2 740 24 24 [email protected] | www.bollandistes.org
Payment by bank transfer in EUR to the account of Société des Bollandistes Ɣ ING Bank ± Cours Saint-Michel 40 B ± 1040 Bruxelles
BIC BBRUBEBB ± IBAN: BE40 3100 7396 9963 Ɣ CCP (Postgiro account) 13 106 44 H LILLE (France)
BIC PSSTFRPPLIL ± IBAN: FR32 2004 1010 0513 1064 4H02 677 Ɣ by credit card (Visa, Mastercard) or Paypal ([email protected])
Subscription Print + Online Abonnement Papier + Accès en ligne 160 ¼
Shipping included ± Frais de port inclus Brepols Publishers Begijnhof 67 B ± 2300 Turnhout (Belgium) Tel. : + 32 14 44 80 30 ± Fax : + 32 14 42 89 19 [email protected] | www.brepols.net
A
NALECTA
B
OLLANDIANA
SOCIÉTÉ DES BOLLANDISTES
TOME 133
I – JUIN 2015
2015 — ANALECT A BOLLANDIANA. — T . 133-I98226_Analecta Bollandiana Kaft.indd 1-3
Analecta Bollandiana: vol. 1 (1882) ± 127 (2009)
Each annual volume (2 issues): ¼
¼
+ shippingMinimum purchase of 4 volumes
± Just published ±
Vie et miracles de Bérard évêque des Marses (1080-1130)
Introduction, édition critique et traduction française par Jacques DALARUN
2013, 278 p. ¼ Standing order for the Collection: 10% discount
Au service de la réconciliation des Églises Jean Gagarin, Jean Martynov et Victor De Buck
Correspondance
Présentation,éditionetcommentaire par R. DANIELUK et B.JOASSART
2014, 1320 p. [p. 81 à 1284 sur CD-ROM] ¼ Standing order for the Collection: 10% discount
4XHUHOOHVDXWRXUGHO¶KDJLRJUDSKLHEUHWRQQHjODILQGX;,;e s.
Dom François Plaine et les Bollandistes
Correspondance
Présentation,éditionetcommentaire par Philippe GUIGON
2015, 128 p. ¼* Standing order for the Collection: 10% discount
* Excluding postage and VAT * TVA et frais de port en sus TABULARIUM HAGIOGRAPHICUM 8 SUBSIDIA HAGIOGRAPHICA 93 SPECIAL OFFER TABULARIUM HAGIOGRAPHICUM 7 NEW! SOMMAIRE / CONTENTS
Basile MARKESINIS. Les débuts du monoénergisme. Rectifications FRQFHUQDQWFHTXLV¶HVWSDVVpHQWUH&\UXVG¶$OH[DQGULH6HUJHGH Constantinople et S. Sophrone de Jérusalem . . . . 5 Jacques DALARUN. Thome Celanensis Vita beati patris nostri
Fran-cisci (Vita brevior). Présentation et édition critique . . . . 23 Diarmuid Ó RIAIN. The Magnum Legendarium Austriacum: A New
Investigation of 2QH RI 0HGLHYDO (XURSH¶V 5LFKHVW +DJLRgra-phical Collections . . . . 87 Bernard JOASSART. Godefroid Kurth, dédicataire des Légendes
hagio-graphiques . . . .
166 Bernard JOASSART. Un volume de Louis Duchesne non recensé par
les Bollandistes. . . . 169 François DOLBEAU. Catalogues de manuscrits latins.
Inventaire hagiographique (trente-deuxième série). . . . . 175
Bulletin des publications hagiographiques. . . . 209 Publications reçues . . . . 235 Résumés ± Summaries: 22, 33, 160
Ce numéro a paru le 2 juin 2015 ISSN 0003-2468
REVUE SUBVENTIONNÉE PAR LA FONDATION UNIVERSITAIRE
98226_Analecta Bollandiana Kaft.indd 4-6
ANALECTA
Comitéderédaction – EditorialBoard
Bernard JOASSART, S. J. – Robert GODDING, S. J.
Xavier LEQUEUX
BOLLANDISTES
Secrétaire de rédaction–Editorial Secretary
FrançoisDE VRIENDT
Comitédelecture – AdvisoryCommittee
Theofried BAUMEISTER, O. F. M. (Mainz) – Sebastian BROCK (Oxford)
Paolo CHIESA (Milano) – François DOLBEAU (Paris)
GETATCHEW HAILE (Collegeville, Minn.)
Michael LAPIDGE (Cambridge) – Jacques NORET (Bruxelles)
Pádraig Ó RIAIN (Cork) – Francis J. THOMSON (Antwerp)
Vitalino VALCÁRCEL (Vitoria)
Abonnementsetventes – SubscriptionsandSales
Tung TO THANH
Société des Bollandistes Boulevard Saint-Michel, 24
B - 1040 BRUXELLES Fax: + 32 2 740 24 24
www.bollandistes.org
© Société des Bollandistes, 2015
All rights reserved. No part of this publication may be reproduced, stored in a retrieval system, or transmitted in any form or by any means, electronic, mechanical, photocopying, recording, or otherwise, without the prior permission of the publisher.
ANALECTA
BOLLAND IANA
REVUE CRITIQUE D’HAGIOGRAPHIE
A JOURNAL OF CRITICAL HAGIOGRAPHY
PUBLIÉE PAR LA EDITED BY THE
SOCIÉTÉ DES BOLLANDISTES
TOME 133
SO C I É T É D E S BO L L A N D I S T E S
24, BOULEVARDSAINT-MICHEL
B 1040 BRUXELLES 2015
ABRÉVIATIONS
AASS = Acta Sanctorum. AB = Analecta Bollandiana.
BHG = Bibliotheca hagiographica graeca, 3e édition mise à jour et
considérablement augmentée par F. HALKIN (= Subs. hag., 8a),
Bruxelles, 1957. — Novum auctarium Bibliothecae hagiographicae graecae, par F. HALKIN (= Subs. hag., 65), Bruxelles, 1984.
BHL = Bibliotheca hagiographica latina antiquae et mediae aetatis,
ediderunt SOCII BOLLANDIANI (= Subs. hag., 6), 2 tomes, Bruxelles,
1898-1901. — Novum Supplementum, edidit H. FROS (= Subs. hag.,
70), Bruxelles, 1986.
BHLms = Bibliotheca Hagiographica Latina Manuscripta. http://bhlms.fltr.ucl.ac.be/
BHO = Bibliotheca hagiographica orientalis, ediderunt SOCII B OLLAN-DIANI (= Subs. hag., 10), Bruxelles, 1910.
Comm. martyr. hieron. = Commentarius in Martyrologium hierony-mianum [AASS, Nov. t. II, pars posterior], Bruxelles, 1931.
Comm. martyr. rom. = Martyrologium romanum… scholiis historicis instructum [AASS, Propylaeum … Decembris], Bruxelles, 1940. Subs. hag. = Subsidia hagiographica.
Synax. CP = Synaxarium Ecclesiae Constantinopolitanae, edidit H. D E-LEHAYE [AASS, Propylaeum … Novembris], Bruxelles, 1902.
Analecta Bollandiana, 133 (2015), p. 5-22.
LES DÉBUTS DU MONOÉNERGISME Rectifications concernant ce qui s’est passé entre Cyrus d’Alexandrie, Serge de Constantinople et S. Sophrone de Jérusalem*
L’Union conclue à Alexandrie, le 3 juin 633, entre orthodoxes chal-cédoniens et monophysites théodosiens, sur la base d’un accord en neuf
chapitres, la Πληροφορία (Satisfactio; CPG 7613) — dont la formule μιᾷ
θεανδρικῇ ἐνεργείᾳ, dans le chapitre 71, constituait le point crucial —,
ren-contra rapidement l’opposition de S. Sophrone, encore moine à l’époque. Voici comment les événements sont présentés dans l’Ep. ad Honorium Rom. (CPG 7606) du patriarche de Constantinople Serge, un document qui raconte à la fois ce qui s’est passé avant, pendant et après l’Union, jusqu’au Psêphos et à la communication de celui-ci à l’empereur:
«Après que, il y a peu de temps, poussé (à la fois) par la grâce coopérante de Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés <et parviennent à la
connais-sance de la vérité> (I Tim. 2, 4) et par le zèle pieux de notre grand basileus
[l’empereur] très puissant et victorieux, le très saint patriarche de la grande ville d’Alexandrie Cyrus, notre commun frère et co-évêque, eut exhorté, avec dévo-tion et modéradévo-tion, ceux qui en cette grande ville d’Alexandrie étaient atteints de la maladie d’Eutychès, de Dioscore, de Sévère et de Julien, haïs de Dieu, pour qu’ils reviennent à l’Église universelle [καθολική], et qu’après beaucoup de dis-cussions et d’efforts qu’avec une grande prudence et une gestion efficace il avait investis dans l’affaire, il eut, par la grâce d’en haut, atteint son but, les deux
parties rédigèrent certains chapitres dogmatiques2, sur base desquels tous
ceux qui auparavant étaient déchirés en différents partis et s’inscrivaient dans la
descendance des néfastes Dioscore et Sévère, s’unirent à la très sainte et unique
Église universelle [κκαθολικῇ], et tout le peuple, ami du Christ, d’Alexandrie
devint (ainsi) un seul troupeau (Io. 10, 16) du Christ, notre vrai Dieu, et avec eux presque toute l’Égypte et la Thébaïde et la Libye et le reste des provinces
* Liste des abréviations, voir infra, p. 22. 1
Cf. éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, II, p. 598, 20-22: τὸν αὐτὸν ἕνα Χριστὸν καὶ
υἱὸν ἐνεργοῦντα τὰ θεοπρεπῆ καὶ ἀνθρώπινα ‘μιᾷ θεανδρικῇ ἐνεργείᾳ’ κατὰ τὸν ἐν ἁγίοις Διονύσιον («le même et unique Christ et Fils [de Dieu] opérait les [choses] convenant soit à la divinité soit à l’humanité au moyen d’une seule opération théandrique, selon [les mots de] saint Denys»). Remarquons que les mots ‘μιᾷ θεανδρικῇ ἐνεργείᾳ’ représentent une altération sub-tile du texte de l’Ep. IV ad Gaium (CPG 6607) du Ps.-Denys l’Aréopagite, où on lit καινήν τινα τὴν θεανδρικὴν ἐνέργειαν (éd. G. HEIL – A. M. RITTER, Corpus Dionysiacum. II:
Pseudo-Dionysius Areopagita De coelesti hierarchia, De ecclesiastica hierarchia, De mystica theo-logia, Epistulae [= Patristische Texte und Studien, 36], Berlin – New York, 1991, p. 161, 9).
2
6 B.MARKESINIS
du diocèse d’Égypte, que jadis, comme nous venons de le dire, on pouvait voir dispersés en une multitude innombrable d’hérésies; mais maintenant, par la bien-veillance de Dieu et par l’ardeur, qui plaît à Dieu, dudit très saint pontife de l’(Église d’)Alexandrie, tous sont devenus une seule <bouche> (cf. Rom. 15, 6), confessant d’une seule voix et dans l’unité de l’Esprit (cf. Eph. 4, 3) les justes doctrines de l’Église; parmi les chapitres susdits, qui avaient été élaborés un à un, il y en avait un concernant l’unique opération du Christ, notre grand Dieu et
Sauveur (Tit. 2, 13).
Ces choses s’étant ainsi passées, Sophrone, le très pieux moine, qui, comme
nous l’avons appris mais seulement par ouï-dire, a maintenant été ordonné chef (de l’Église) de Jérusalem – en effet, jusqu’à présent, nous n’avons pas encore reçu de lui les habituelles lettres synodiques –, s’étant rendu alors à Alexandrie,
et rencontrant ledit très saint pape, alors que, comme on l’a dit3, par la grâce de Dieu (ce dernier) avait réalisé l’union inespérée avec les anciens hérétiques, et passant en revue avec lui les chapitres en question, s’opposa et contredit le chapitre (consacré) à l’unique opération4
, exigeant que, de toute manière, on en-seigne deux opérations en Christ notre Dieu. Ledit très saint pape (Cyrus) lui cita bien sûr quelques testimonia de nos saints Pères, qui, çà et là dans certains de leurs écrits, avaient parlé d’une opération; de plus, il lui dit de mémoire que sou-vent, lorsque des questions similaires avaient surgi, nos saints Pères, pour gagner au salut un plus grand nombre d’âmes, semblent avoir appliqué l’économie et les arrangements qui plaisent à Dieu, sans rien ébranler de la justesse de l’orthodoxie ecclésiastique, et que par conséquent, lui dit-il, aussi dans le cas présent, où le salut de tant de milliers de gens est en nos mains, il ne fallait pas se quereller et se combattre au sujet d’un tel chapitre, car, comme on l’a déjà dit, une telle ex-pression a été employée aussi par certains des divins Pères, sans que pour cela la doctrine orthodoxe soit entamée. Mais ledit Sophrone, ami de Dieu, n’accepta aucunement cette telle économie»5.
3 Cf. ci-dessus: «il eut atteint …son but» (τὸ σπουδαζόμενον … κατώρθωσε). 4Cf. Cyrus d’Alexandrie, Satisfactio, 7, éd. R
IEDINGER, ACO, Series secunda, II, p. 598,
21: μιᾷ θεανδρικῇ ἐνεργείᾳ.
5 Cf. Serge de Constantinople, Ep. ad Honorium Rom. (éd. RIEDINGER, ACO, Series
se-cunda, II, p. 536, 15-540, 3): Ἐπειδὴ δὲ πρὸ ὀλίγου καιροῦ, συνεργίᾳ καὶ χάριτι τοῦ πάντας ἀνθρώπους θέλοντος σωθῆναι θεοῦ <καὶ εἰς ἐπίγνωσιν ἀληθείας ἐλθεῖν> (I Tim. 2, 4) εὐσεβεῖ τε ζήλῳ τοῦ κρατίστου καὶ καλλινίκου μεγάλου βασιλέως, παρορμηθεὶς Κῦρος ὁ ἁγιώτατος τῆς Ἀλεξανδρέων μεγαλοπόλεως πατριάρχης καὶ κοινὸς ἡμῶν ἀδελφὸς καὶ συλλειτουργός, φιλο-θέως τε καὶ ἐπιεικῶς προετρέψατο τοὺς κατὰ τὴν Ἀλεξανδρέων μεγαλόπολιν τὰ Εὐτυχοῦς καὶ Διοσκόρου Σεβήρου τε καὶ Ἰουλιανοῦ τῶν θεοστυγῶν νοσοῦντας τῇ καθολικῇ προσελθεῖν ἐκκλησίᾳ, καὶ μετὰ πολλὰς διαλέξεις καὶ καμάτους, οὓς μετὰ πλείστης φρονήσεως καὶ λυσιτε-λεστάτης οἰκονομίας ἐν τῷ πράγματι κατεβάλετο, ττὸ σπουδαζόμενον διὰ τῆς ἄνωθεν κατώρ-θωσε χάριτος, γεγόνασι μεταξὺ μέρους ἑκατέρου δογματικά τινα κεφάλαια, ἐφ΄οἷς ἅπαντες οἱ πρώην μὲν εἰς διαφόρους ἀπεσχοινισμένοι μερίδας, προπάτορας δὲ Διόσκορον καὶ Σεβῆρον τοὺς ἀλιτηρίους (correxi; ἀλητηρίους Riedinger) ἐπιγραφόμενοι, ἡνώθησαν τῇ ἁγιωτάτῃ καὶ μόνῃ καθολικῇ ἐκκλησίᾳ, μία τε ποίμνη (Io. 10, 16) Χριστοῦ τοῦ ἀληθινοῦ θεοῦ ἡμῶν ἅπας ὁ τῆς Ἀλεξανδρέων φιλόχριστος γέγονε λαός, καὶ πᾶσα σχεδὸν πρὸς τούτοις ἡ Αἴγυπτος καὶ Θηβαῒς καὶ Λιβύη καὶ αἱ λοιπαὶ τῆς Αἰγυπτιακῆς διοικήσεως ἐπαρχίαι, οὕστινας ἦν ἰδεῖν πρίν, ὡς εἰρήκαμεν, εἰς ἀναρίθμητον πλῆθος αἱρέσεων διεσκεδασμένους, εὐδοκίᾳ δὲ νῦν τοῦ Θεοῦ
Les mots importants de ce passage: «Ces choses s’étant ainsi passées» (Τούτων οὕτως προεληλυθότων), qui d’une part résument les résultats de l’action de Cyrus auprès des monophysites alexandrins — par ex. «il eut atteint son but», «les deux parties rédigèrent certains chapitres dogmati-ques», «ceux qui … étaient déchirés … s’unirent à la très sainte … Église», «tout le peuple … d’Alexandrie devint (ainsi) un seul troupeau du Christ … et avec eux presque toute l’Égypte et la Thébaïde et la Libye … matenant … tous sont devenus une seule bouche» —, et qui d’autre part in-troduisent au récit de la rencontre entre Cyrus et Sophrone, ne laissent aucun doute: pour Serge, cette rencontre a eu lieu peu après qu’eut été
proclamée la Πληροφορία (Satisfactio) et rétablie la communion
eucharis-tique. S. Maxime par contre, dans la Defloratio ex ep. ad Petrum illustrem
(CPG 7697 [12])6, situe la rencontre des deux hommes peu avant la
publi-cation du document; sur un ton très dramatique, le Confesseur y dit: «Alors le divin et grand Sophrone, étant venu à Alexandrie, dès la première lecture (en effet Cyrus lui avait, à lui aussi, remis ces neuf chapitres pleins d’im-piété pour les examiner), poussa un grand cri lugubre et versa des torrents de larmes, le conjurant avec ardeur, le suppliant, réclamant de lui, en se jetant par terre à ses pieds, de ne rien proclamer de ces choses du haut de l’ambon contre l’Église universelle [catholicam] de Dieu»7
.
καὶ σπουδῇ θεαρέστῳ τοῦ ῥηθέντος ἁγιωτάτου τῆς Ἀλεξανδρέων ἱεράρχου, ἓἓν <χεῖλος> γεγόνασι πάντες (cf. Rom. 15, 6), μιᾷ φωνῇ (correxi; μία φωνή, Riedinger) καὶ ἑνότητι
πνεύματος (cf. Eph. 4, 3) τὰ ὀρθὰ τῆς ἐκκλησίας ὁμολογοῦντες δόγματα· τῶν εἰρημένων δὲ καὶ ἐστοιχημένων ἓν καθέστηκε κεφάλαιον τὸ περὶ μιᾶς ἐνεργείας Χριστοῦ τοῦ μεγάλου θεοῦ καὶ σωτῆρος ἡμῶν (Tit. 2, 13). Τούτων οὕτως προεληλυθότων, Σωφρόνιος ὁ ὁσιώτατος μοναχός, ὁ τανῦν ὡς ἐξ ἀκοῆς καὶ μόνης μεμαθήκαμεν τῆς Ἱεροσολυμιτῶν χειροτονηθεὶς πρόεδρος – οὔπω γὰρ αὐτοῦ τὰ ἐξ ἔθους συνοδικὰ μέχρι τοῦ νῦν ἐδεξάμεθα –, κατὰ τὴν Ἀλεξανδρέων τηνικαῦτα γενόμενος καὶ τῷ ῥηθέντι ἁγιωτάτῳ πάπᾳ συνών, ἡνίκα τήν, ὡς εἴρηται, πρὸς τοὺς πρώην αἱρετικοὺς εὐδοκίᾳ θεοῦ κατώρθου παράδοξον ἕνωσιν, καὶ σὺν αὐτῷ τὰ περὶ τῶν τοιούτων διασκοπού-μενος κεφαλαίων, ἠναντιώθη καὶ ἀντεῖπε πρὸς τὸ τῆς μιᾶς ἐνεργείας κεφάλαιον, δύο παντὶ τρόπῳ ἐνεργείας Χριστοῦ τοῦ θεοῦ ἡμῶν ἀξιῶν δογματίζεσθαι. Τοῦ δὲ λεχθέντος ἁγιωτάτου πάπα μάλιστα μὲν χρήσεις τινὰς αὐτῷ τῶν ἁγίων ἡμῶν πατέρων προαγαγόντος, σποράδην ἔν τισι τῶν οἰκείων συγγραμμάτων μίαν ἐνέργειαν εἰρηκότων, ἔτι δὲ καὶ ἐκ περιουσίας φάσκοντος ὡς πολλάκις οἱ ἅγιοι πατέρες ἡμῶν διὰ τὸ κερδᾶναι πλειόνων ψυχῶν σωτηρίαν, τοιούτων ἀναφυέντων κεφαλαίων, θεαρέστοις οἰκονομίαις χρησάμενοι φαίνονται καὶ συμβάσεσι, μηδὲν τῆς ἀκριβείας τῶν ὀρθῶν τῆς ἐκκλησίας δογμάτων παρασαλεύσαντες, καὶ λέγοντος ὡς ἄρα χρὴ καὶ ἐπὶ τοῦ παρόντος, τοσούτων μυριάδων λαοῦ σωτηρίας ἐν χερσὶ προκειμένης, μηδὲν περὶ τοῦ τοιούτου κεφαλαίου ἐριστικῶς ζυγομαχεῖν διὰ τό, ὡς εἴρηται, καὶ ὑπό τινων θεσπεσίων πατέρων τὴν τοιαύτην εἰρῆσθαι φωνὴν καὶ μηδὲν περὶ τούτου τὸν τῆς ὀρθοδοξίας παραβλάπτεσθαι λόγον, ὁ ῥηθεὶς θεοφιλὴς Σωφρόνιος τὴν τοιαύτην οἰκονομίαν οὐδαμῶς κατεδέξατο.
6 Elle n’est conservée, à l’état fragmentaire, que dans une traduction latine d’Anastase le
Bibliothécaire.
7
ve-8 B.MARKESINIS
Jusqu’à présent, l’attention des savants s’étant focalisée sur la
ver-sion de la Defloratio8, on n’a pas accordé l’attention qu’elle mérite à la
suite des événements telle qu’elle est relatée dans la lettre de Serge ad Honorium Rom., et notamment au rôle des mots «Ces choses s’étant ainsi passées». Pourtant, cette lettre de Serge a été rédigée quelques mois
seu-lement (fin 633/début 634)9 après les événements y relatés, tandis que la
Defloratio de S. Maxime leur est postérieure d’une dizaine d’années (643
ou 644)10; et de plus, il n’est pas sûr du tout que S. Maxime ait assisté à la
rencontre de Sophrone avec Cyrus.
Mais l’argument qui plus que tout autre plaide en faveur de la version de l’Ep. ad Honorium Rom., c’est que Cyrus dans son Ep. II ad Sergium CP. (CPG 7611), dans laquelle il rapportait à son collègue de Constan-tinople, comme lui offrant les prémices de sa récolte (τὰς ἀπαρχὰς
ἀνα-φέρειν)11, que l’Union d’Alexandrie avait été conclue, ne fait aucune
réfé-rence ni à la personne de Sophrone ni au litige qu’il avait avec lui;Cyrus
s’y borne à décrire sa réussite12:
«Je vous fais connaître en effet que, le 3 juin, tout le clergé qui, dans cette ville d’Alexandrie, amie du Christ, suit la doctrine de ceux qu’on appelle Théo-dosiens, avec ceux qui ont des dignités civiles ou militaires, ainsi que ceux qui font partie du peuple, le tout faisant plusieurs milliers (de personnes), s’étant unis à notre très sainte Église universelle [καθολικῇ], ont communié avec nous aux sacrements immaculés de Dieu – amenés à cela par la bienveillance évidemment de Dieu tout-puissant, grâce aux instructions qui m’ont été fournies tant par nos Seigneurs (les empereurs), amis du bien et victorieux, que par la sainteté, inspirée
niens, mox ex prima lectione (dederat enim etiam ipsi Cyrus ad rectractandum illa novem impietatis capitula) lugubre quiddam et ingens vociferatus, fontes emittebat lacrymarum illum fervide obsecrans, supplicans, expostulans, in pavimento ipsius pedibus provolutus, quo nihil horum super ambonem contra catholicam Dei Ecclesiam praedicaret.
8 Voir par ex. Chr. VON SCHÖNBORN, Sophrone de Jérusalem. Vie monastique et
confes-sion dogmatique (= Théologie historique, 20), Paris, 1972, p. 79; VAN DIETEN, Geschichte der
Patriarchen, p. 32; J. MEYENDORFF,Imperial Unity and Christian Divisions: The Church, 450-680 A.D. (= The Church in History, 2), New York, 1989, p. 348; WINKELMANN, Streit, p. 65 (Nr. 26);A.J.ECONOMOU, Byzantine Rome and the Greek Popes. Eastern Influences on Rome
and the Papacy from Gregory the Great to Zacharias, A.D. 590-752, Lanham, 2007, p. 89;P. ALLEN, Sophronius of Jerusalem and Seventh-Century Heresy. The Synodical Letter and Other
Documents. Introduction, Texts, Translations, and Commentary (= Oxford Early Christian Texts), Oxford, 2009, p. 13-14.
9 Cf. WINKELMANN, Streit, p. 77-78 (Nr. 43).
10 Cf. P.SHERWOOD, An Annotated Date-list of the Works of Maximus the Confessor
(= Studia Anselmiana, 30), Romae, 1952, p. 52 (n° 76). 11 Cf. éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, II, p. 592, 12.
12 En des termes qui se reflètent d’ailleurs dans le compte rendu de Serge que nous
de Dieu, de mon Seigneur (le patriarche Serge) –, de sorte que, selon l’Écriture,
fût instaurée, dans une assemblée serrée, une fête jusqu’aux cornes de l’autel
(Ps. 117, 27), et s’il faut dire plus vrai, non seulement dans une assemblée serrée, ni jusqu’aux cornes de l’autel, mais dans toute la ville d’Alexandrie, amie du Christ, et dans les districts qui en dépendent, jusqu’aux nuages mêmes et au-delà d’eux, puisque les ordres célestes se réjouissent de la paix des très saintes Églises et de ceux qui sont revenus à elle»13.
Même constatation quand on lit l’Ep. ad Cyrum Alex. (CPG 7605), ré-digée par Serge de Constantinople en réponse à cette lettre de Cyrus: on n’y perçoit pas le moindre écho du désaccord de Sophrone avec Cyrus ni avec Serge; en puisant abondamment au récit que lui a fait Cyrus, Serge s’y contente de rendre hommage à celui-ci et d’exprimer sa joie pour l’avène-ment de l’Union:
«Nous avons reçu les saints propos de votre sainteté, honorée par Dieu, nous annonçant la bonne nouvelle que, par la grâce du très saint Esprit, et par l’ardeur, plaisante à Dieu, de notre Empereur, protégé par Dieu et victorieux, ainsi que par l’admonition, inspirée par Dieu et pleine de toute orthodoxie, de votre très sainte personne, dans la grande ville d’Alexandrie, amie du Christ, et dans tous ses districts, a eu lieu l’union ecclésiastique avec l’Église universelle (καθολικὴν), apostolique et orthodoxe, de ceux qui jadis s’appelaient Théodosiens; remplis, à ces nouvelles, d’une joie spirituelle et indicible (cf. I Petr. 1, 8), nous avons adressé, de toute notre âme, à notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ (Tit. 2, 13) des hymnes d’action de grâces car enfin, par la coopération divine, la
bar-rière (cf. Eph. 2, 14) de la discorde, par laquelle l’ennemi commun des hommes
avait auparavant séparé les frères des frères, ayant été supprimée (cf. Col. 2, 14), ils sont apparus comme membres du même corps et coparticipants (cf. Eph. 3, 6), et tous sont devenus une seule bouche, une seule langue (cf. Rom. 15, 6), rendant, comme il sied, à la glorieuse et vivifiante Trinité la confession et la doxologie qui lui reviennent, et d’une seule voix tous proclament un seul Seigneur, une
seule foi, un seul baptême (cf. Eph. 4, 4)»14.
13 Cf. éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, II, p. 592, 13-594, 1: Δῆλον γὰρ ποιοῦμαι ὡς
ἅπαντες οἱ τοῦ δόγματος τῶν λεγομένων Θεοδοσιανῶν κατὰ ταύτην τὴν Ἀλεξανδρέων φιλόχριστον πόλιν κληρικοὶ ἅμα καὶ τοῖς ἐν ἀξίαις καὶ στρατείαις διαλάμπουσιν, ἔτι δὲ καὶ τοῖς εἰς δῆμον τελοῦσιν, εἰς χιλιάδας συντείνοντες, κατὰ τὴν τρίτην τοῦ Ἰουνίου μηνὸς ἑνωθέντες τῇ καθ΄ἡμᾶς ἁγιωτάτῃ τοῦ θεοῦ καθολικῇ ἐκκλησίᾳ, τῶν ἀχράντων τοῦ θεοῦ σὺν ἡμῖν μυστηρίων μετέλαβον, ὁδηγηθέντες πρὸς τοῦτο, ἡγουμένης προδήλως τῆς τοῦ παντο-δυνάμου θεοῦ εὐδοκίας, τῇ χορηγηθείσῃ μοι διδαχῇ παρά τε τῶν φιλαγάθων καὶ καλλινίκων ἡμῶν δεσποτῶν, παρά τε τῆς τοῦ δεσπότου μου θεοπνεύστου παναγιστείας, ὡς ἐντεῦθεν συστῆναι κατὰ τὸ γεγραμμένον ἐν τοῖς πυκάζουσιν ἑορτὴν μέχρι τῶν κεράτων τοῦ θυσιαστηρίου (Ps. 117, 27), εἰ δὲ δεῖ τἀληθέστερον λέγειν, οὐκ ἐν τοῖς πυκάζουσι μόνον οὐδὲ μέχρι τῶν κεράτων τοῦ θυσιαστηρίου, ἀλλὰ κατὰ πᾶσαν τὴν Ἀλεξανδρέων φιλόχριστον πόλιν καὶ τὰς ὑπ΄αὐτὴν ἐνορίας μέχρι τῶν νεφελῶν αὐτῶν καὶ τούτων ἐπέκεινα, τῶν οὐρανίων τάξεων τῇ τῶν ἁγιωτάτων ἐκκλησιῶν εἰρήνῃ καὶ τοῖς πρὸς αὐτὴν ἐπιστρεφομένοις εὐφραινομένων.
14 Cf. éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, I, p. 136, 3-15: Τὰς ἱερὰς συλλαβὰς τῆς
ver-10 B.MARKESINIS
La postériorité de la rencontre entre Sophrone et Cyrus par rapport à la proclamation de l’Union étant ainsi assurée, reprenons l’Ep. ad Honorium Rom. de Serge à l’endroit où nous l’avons laissée. Après avoir raconté le déroulement de la rencontre de Sophrone avec Cyrus, le patriarche de Constantinople continue:
«Après qu’à cause de cela, avec une lettre de notre même très-saint co-évêque (Cyrus), il fut arrivé chez nous (à Constantinople), (Sophrone) souleva encore auprès de nous (Serge) la même question, demandant avec insistance que, après l’union qui a été faite, la formule «une opération» soit retirée de ces (neuf) cha-pitres; nous avons jugé une pareille (exigence) dure – comment en effet n’aurait-elle pas été dure? – et trop lourde (de conséquences), attendu qu’elle allait dis-soudre et renverser entièrement cette concorde et cette union qui avait été si bien réalisée en la ville d’Alexandrie et dans toutes les provinces qui en dépendent, (provinces) qui jamais jusqu’à présent n’avaient accepté même la simple mention du nom de notre père, divin et digne de louanges, Léon, ou de faire mémoire du grand concile œcuménique qui a eu lieu à Chalcédoine, et qui maintenant le procla-ment solennelleprocla-ment et à haute voix durant la célébration des divins mystères…»15
.
Ch. J. Hefele16 avait déjà envisagé la possibilité que la lettre de Cyrus
à Serge dont il est question au début de ce dernier texte, ait été une lettre
sionem lat.: adnuntiantes factam) τῇ τοῦ παναγίου πνεύματος χάριτι καὶ θεαρέστῳ σπουδῇ τοῦ θεοφυλάκτου καὶ καλλινίκου ἡμῶν βασιλέως καὶ νουθεσίᾳ ἐνθέῳ καὶ πάσης ὀρθοδοξίας πεπληρωμένῃ τῶν πανιέρων ὑμῶν, γεγενῆσθαι κατὰ τὴν φιλόχριστον τῶν Ἀλεξανδρέων μεγα-λόπολιν καὶ πάσας τὰς αὐτῆς ἐνορίας τῶν πρὶν λεγομένων Θεοδοσιανῶν πρὸς τὴν καθολικὴν καὶ ἀποστολικὴν <καὶ> (supplevi e latino: atque orthodoxam) ὀρθόδοξον ἐκκλησίαν (correxi; ἐκκλησιαστικὴν Riedinger) ἕνωσιν· ἐφ΄οἷς πνευματικῆς καὶ ἀνεκλαλήτου χαρᾶς (cf. I Petr. 1, 8) ἐμπλησθέντες, εὐχαριστηρίους ὕμνους τῷ μεγάλῳ θεῷ καὶ σωτῆρι ἡμῶν Ἰησοῦ Χριστῷ (Tit. 2, 13) ἐξ ὅλης ψυχῆς ἀνεπέμψαμεν, ὅτι ὀψέ ποτε τῇ τοῦ θεοῦ συνεργείᾳ τοῦ μεσοτοίχου (cf. Eph. 2, 14) τῆς διχονοίας ἐκ μέσου (cf. Col. 2, 14) γινομένου, δι΄οὗ πρώην ὁ κοινὸς τῶν ἀνθρώπων ἐχθρὸς ἀδελφοὺς διέστησεν ἀδελφῶν, σύσσωμοι καὶ συμμέτοχοι (cf. Eph. 3, 6) πεφήνασι, καὶ γεγόνασιν οἱ πάντες ἓν χεῖλος καὶ μία γλῶσσα (cf. Rom. 15, 6), τὴν προσήκουσαν ἐξομολόγησίν τε καὶ δοξολογίαν, ὡς ἀρεστόν ἐστι, τῇ δοξολογουμένῃ ζωαρχικῇ τριάδι ποιούμενοι, καὶ κηρύσσεται παρὰ πάντων ὁμοφώνως εἷς κύριος, μία πίστις, ἓν βάπτισμα (cf. Eph. 4, 4).
15 Cf. Serge de CP., Ep. ad Honorium Rom. (éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, II, p.
540, 4-13): Ἐπεὶ οὖν τούτου ἕνεκα μετὰ γραμμάτων τοῦ αὐτοῦ ἁγιωτάτου ἡμῶν συλλει-τουργοῦ πρὸς ἡμᾶς παραγέγονε, τὸν περὶ τούτου τε καὶ παρ΄ἡμῖν ἀνεκίνησε λόγον, ἐνιστά-μενος τῶν τοιούτων ἐξαιρεθῆναι κεφαλαίων μετὰ τὴν γενομένην ἕνωσιν τὴν τῆς μιᾶς ἐνεργείας φωνήν, σκληρὸν ἡμεῖς ἡγησάμεθα τοῦτο – πῶς γὰρ σκληρὸν οὐκ ἦν; – καὶ σφόδρα βαρύτατον, ἅτε δὴ μέλλον ἀναλύειν τε καὶ ἀνατρέπειν ὅλην ἐκείνην τὴν καλῶς γεγενημένην ὁμόνοιάν τε καὶ ἕνωσιν κατά τε τὴν Ἀλεξανδρέων πόλιν καὶ κατὰ πάσας τὰς ὑπ΄αὐτὴν ἐπαρ-χίας, τὰς ἐν μηδενὶ καιρῷ μέχρι τοῦ νῦν καταδεξαμένας ὄνομα γοῦν ἁπλῶς τοῦ θεσπεσίου καὶ ἀοιδίμου πατρὸς ἡμῶν Λέοντος ἢ τῆς ἁγίας καὶ μεγάλης καὶ οἰκουμενικῆς ἐν Χαλκηδόνι συνόδου ἐπὶ μνήμης φέρειν, νυνὶ δὲ λαμπρᾷ καὶ μεγάλῃ τῇ φωνῇ ἐν ταῖς θείαις μυσταγωγίαις ταύτην ἀνακηρύττοντας… 16
HEFELE, Conciliengeschichte, III2, p. 141: «Gab Cyrus dem Sophronius noch einen
andern Brief an Sergius mit, als den oben S. 137 angeführten, so ist solcher verloren gegangen»;
So-aujourd’hui perdue, différente de l’Ep. II ad Sergium CP. du même Cyrus (CPG 7611), dont nous avons parlé plus haut; cette hypothèse, après une lecture attentive du passage de l’Ep. ad Honorium Rom., s’avère juste. En effet, la raison de la lettre que Sophrone apporta à Serge, comme d’ail-leurs celle de sa visite à Constantinople, est rendue par l’expression «à cause de cela» (τούτου ἕνεκα), qui, dans le contexte, ne peut se rapporter qu’au refus de Sophrone d’accepter la formule monoénergiste et l’échec de Cyrus à le convaincre de la justesse de cette économie. Par conséquent,
il faut considérer comme erronée, l’assertion de Grumel d’abord17, puis de
Winkelmann18, selon laquelle la lettre de Cyrus apportée à Serge par
So-phrone serait identique avec l’Ep. II ad Sergium CP. (CPG 7611). Comme nous venons de le voir, quoi que disent Grumel et Winkelmann, dans cette Ep. II ad Sergium CP., Cyrus ne fait pas la moindre allusion au désaccord de Sophrone, de même que Serge, dans son Ep. ad Cyrum Alex. (CPG 7605), ne souffle mot du différend qui a opposé Sophrone d’abord à Cyrus, puis à lui-même (Serge).
Grumel, le premier, a proposé d’identifier l’Ep. ad Cyrum Alex. (CPG 7605) de Serge, laquelle selon lui daterait d’août-septembre 633, avec la lettre à Cyrus, dont Serge parle — nous allons le voir immédiatement — dans la suite de son Ep. ad Honorium Rom. C’est impossible. Voyons pourquoi. Serge dit bien dans quelles circonstances il a écrit cette lettre à Cyrus. Les voici. Ayant constaté, après l’échec de son entretien avec So-phrone, que la querelle qui opposait monoénergistes et dyoénergistes avait commencé à se répandre même «parmi certaines gens d’ici», c’est-à-dire de Constantinople, Serge «a jugé nécessaire de mettre tout son zèle pour
arrêter cette logomachie superflue et l’éradiquer»19. Dans ce but, il a pris
une décision, connue dans la recherche moderne sous le nom de
Psê-phos20. Cette décision, qu’il a prise personnellement21, Serge l’a
phrone, pour la remettre à Sergius, une lettre différente de celle que nous avons donnée plus haut [cf. p. 339], cette lettre n’est pas parvenue jusqu’à nous».
17
GRUMEL, Recherches, p. 21; ID., Regestes, p. 219 (N. 290).
18 WINKELMANN, Streit, p. 65 (Nr. 26a) et 67 (Nr. 28).
19 Cf. éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, II, p. 540, 19-22: Ἡμεῖς οὖν τὴν ἐντεῦθεν
ἀρξαμένην ἐξάπτεσθαι τισὶ τῶν ἐνταῦθα ἀμφισβήτησιν κατανοήσαντες ... ἀναγκαῖον ἐκρίναμεν πᾶσαν θέσθαι σπουδὴν πρὸς τὸ καταπαῦσαί τε καὶ ἐκκόψαι τὴν περιττὴν ταύτην λογομαχίαν.
20 Serge lui-même, lorsqu’il se réfère à sa décision, utilise exclusivement des verbes, tels
que ἐκρίναμεν («nous avons jugé»; p. 540, 21; p. 544, 10), ἔδοξε καὶ ἐστέρχθη («il nous a paru bon et suffisant»; p. 544, 16), οὐ χρὴ («il ne faut pas»; p. 546, 10). Le terme de Psêphos a été emprunté par la recherche moderne soit à l’Ep. ad Pyrrhum (CPG 7699 [19]) de S. Maxime (PG 91, col. 592 B13-14: κομισθεῖσάν τε καὶ ἐκδοθεῖσαν κατεμήνυσας ψῆφον), soit à la
12 B.MARKESINIS
niquée successivement aux trois personnages les plus concernés par la
querelle. Tout d’abord, il écrivit, immédiatement, une lettre à Cyrus22,
dans laquelle il faisait part de sa décision: il interdisait pour la première fois toute discussion sur une ou deux opérations en Christ; l’essentiel de
cette lettre est conservé dans l’Ep. ad Honorium Rom.23 Ensuite, Serge
21 Grumel (Recherches, p. 22-23; ID., Regestes, p. 218 [N. 287]) a induit des mots ἔδοξε
καὶ ἐστέρχθη (MANSI, Collectio, XI, 536 C7-8; = RIEDINGER, ACO, Series secunda, II, p. 544, 16) que le Psêphos aurait été un décret dogmatique promulgué par le «synode permanent» (σύνοδος ἐνδημοῦσα), présidé par Serge; c’est évidemment une interprétation qui, sous l’in-fluence d’Act. 15, 25 et 28, dépasse le sens immédiat des mots. (Cette thèse de Grumel a été re-prise, telle quelle, par Hajjar [Le synode permanent (Σύνοδος ἐνδημοῦσα) dans l’Église byzantine des origines au XIe siècle (= Orientalia Christiana Analecta, 164), Roma, 1962, p. 89] et par
van Dieten [Geschichte der Patriarchen, p. 32-33]). En effet, il n’y a pas, ni dans l’Ep. ad
Ho-norium Rom. ni dans les autres sources contemporaines, la moindre trace d’un tel synode: le
seul synode constantinopolitain du temps de Serge qui ait laissé des traces dans les Actes du Concile de Latran (cf. éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, I, p. 164, 22-166, 35) est celui con-voqué en novembre 638 (voir GRUMEL, Regestes, p. 220 [N. 292]; HAJJAR, Le synode
perma-nent, p. 207; WINKELMANN, Streit, p. 86 [Nr. 51]) pour confirmer l’Ecthesis (CPG 7607) publiée peu avant sous le nom d’Héraclius. La tentative de van Dieten (Geschichte der Patriarchen, p. 33, n. 11) de rapprocher le Psêphos du synode mentionné dans le Synodicon Vetus (cf. éd. J.A.
FABRICIUS, Bibliothecae Graecae volumen undecimum, Hamburgi, 1722, p. 240 [nr. 122]) n’est
pas convaincante; ce synode y est enregistré comme ayant eu lieu avant l’Union d’Alexandrie, non après, et comme le notent les éditeurs modernes du Synodicon, J. Duffy et J. Parker (The
Synodicon Vetus. Text, Translation and Notes [= Corpus Fontium Historiae Byzantinae. Series Washingtonensis, 15], Washington, 1979, p. 108 [nr. 129], n. 157): «There is no other evidence
for the synod». Il est bien plus probable que la décision de Serge a été prise en dehors de toute procédure synodale. C’est d’ailleurs ce que laisse entendre S. Maxime, lorsque dans son l’Ep.
ad Pyrrhum il compare Serge à Moïse: comme ce dernier est descendu seul du Mont Sinaï
por-tant la loi qu’il avait reçue de Dieu seul, sans aucune médiation humaine (Ex. 31, 18; 32, 15-16), ainsi Serge, en tant que «nouveau médiateur (cf. Gal. 3, 19) et grand Moïse de notre époque, évêque des évêques et chef du divin sacerdoce dans l’univers entier», a porté seul, du haut de la montagne de la connaissance, le Psêphos que lui dicta la Trinité seule (PG 91, col. 592 B8-C1).
22 Cf. éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, II, p 540, 22-542, 1: Πρὸς μὲν τὸν συχνῶς
εἰρημένον ἁγιώτατον τῆς Ἀλεξανδρέων πατριάρχην γεγραφήκαμεν, ὥστε… («Nous avons écrit au très saint patriarche d’Alexandrie, souvent susdit, afin qu’il…»).
23 En effet, certaines phrases de l’Ep. ad Honorium Rom., parce qu’elles coïncident presque
littéralement avec des passages de l’Ecthesis – on pourra constater ces parallèles ci-dessous dans notre appendice –, sont presque sûrement des reprises de ce que Serge avait d’abord écrit à Cyrus. À ce propos, l’extrait de la lettre que l’empereur Héraclius aurait envoyée Ad Iohannem
IV Rom. (CPG 9382), cité dans la Relatio motionis (éd. P. ALLEN –B.NEIL,Scripta saeculi VII Vitam Maximi Confessoris illustrantia una cum latina interpretatione Anastasii Bibliothecarii juxta posita [=Corpus Christianorum.Series Graeca,39],Turnhout – Leuven, 1999, p. 41, 371-373), peut être très éclairant, et cela indépendamment de son authenticité (voir W. BRANDES,
«Juristische» Krisenbewältigung im 7. Jahrhunderts? Die Prozessen gegen Papst Martin I. und Maximos Homologetes [= Forschungen zur byzantinischen Rechtsgeschichte, 22; Fontes minores, 10], Frankfurt am Main, 1998, p. 203-204, n. 399): l’empereur y dit que l’Ecthesis qu’il
a dû signer remonte, pour l’essentiel, à un document rédigé cinq ans auparavant (633) par le patriarche Serge (Σέργιος αὐτὴν ὁ πατριάρχης συντάξας πρὸ πέντε ἐτῶν τοῦ ἀνελθεῖν με ἀπὸ ἀνατολῆς).
communiqua sa décision — ce qui lui «a paru bon et suffisant» (ἔδοξε καὶ ἐστέρχθη) —, à Sophrone, encore présent à Constantinople, d’abord
oralement, puis, à sa demande, dans une lettre24; l’Ep. ad Honorium Rom.
n’en cite aucun extrait, apparemment parce qu’elle répétait très probable-ment le contenu de la lettre à Cyrus. Enfin, le patriarche rapporta sa déci-sion, par une lettre adressée au sacellaire impérial, à l’empereur Héraclius;
de ce rapport l’Ep. ad Honorium Rom. ne donne qu’un résumé25.
Mais revenons à la lettre que Serge écrivit à Cyrus après avoir ren-contré Sophrone. D’après ce qu’il dit à Honorius, Serge dans cette lettre demandait à Cyrus:
«que, lui qui avec l’aide de Dieu avait réalisé l’union avec ceux qui aupara-vant étaient séparés, il ne permette plus désormais à quiconque de parler d’une ou de deux opérations en Christ notre Dieu, mais plutôt, comme l’ont transmis les saints conciles œcuméniques, de confesser que c’est l’unique et même Fils Mono-gène, Jésus-Christ notre Seigneur, le vrai Dieu, qui opérait et les (choses) divines et (les choses) humaines, et que toute opération convenant soit à la divinité soit à l’humanité procédait indivisiblement de l’unique et même Dieu le Verbe incarné et se rapportait à une unique et même [personne]…»26
.
Alors que, tenant compte de cela, Hefele27, à juste titre selon nous, avait
nettement distingué entre d’une part cette lettre demandant de cesser de
24
Cf. éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, II, p. 544, 16-18 et 19-22 respectivement. Les l. 16-18 n’appartiennent pas à la lettre de Serge à Cyrus; elles lui font pendant: à notre avis, les mots qui introduisent ces lignes, καὶ πέρας, remplacent le πρὸς δὲ qu’on attendait après le πρὸς μὲν de la p. 540, 22. La phrase «il nous demanda de lui communiquer aussi par une lettre la décision concernant ces questions» (p. 544, 20-21: ᾔτησεν ἡμᾶς καὶ δι΄ἐπιστολῆς τὴν περὶ τούτων αὐτῷ παρασχεῖν ἀπόκρισιν) ne laisse pas de doute: le contenu des l. 16-18 avait d’abord été transmis oralement. D’ailleurs c’est dans ce sens que le passage a été compris par le pape Honorius, qui dans son Ep. II ad Sergium CP. dit clairement: «lequel Sophrone étant arrivé chez votre fraternité … instruit de plusieurs manières, il demanda que ce dont il avait été averti par vous oralement lui soit éclairé par écrit» (ibid., p. 548, 8-11: ὅστις Σωφρόνιος παραγενόμενος πρὸς τὴν ὑμετέραν ἀδελφότητα καὶ ... πολυτρόπως παιδευθείς, ᾔτησε περὶ ὧν παρ΄ὑμῶν κατηχήθη ἐγγράφως αὐτῷ σαφηνισθῆναι).
25 Cf. éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, II, p. 546, 9-17.
26 Ibid., p. 542, 1-7: … γεγραφήκαμεν ὥστε αὐτὸν τὴν πρὸς τοὺς πάλαι χωριζομένους ἕνωσιν σὺν θεῷ κατορθώσαντα, μηκέτι τοῦ λοιποῦ τινι συγχωρεῖν μίαν ἢ δύο προφέρειν ἐνεργείας ἐπὶ Χριστοῦ τοῦ θεοῦ ἡμῶν, ἀλλὰ μᾶλλον, καθάπερ αἱ ἅγιαι καὶ οἰκουμενικαὶ παραδεδώκασι σύνοδοι, ἕνα καὶ τὸν αὐτὸν υἱὸν μονογενῆ τὸν κύριον ἡμῶν Ἰησοῦν Χριστὸν τὸν ἀληθινὸν θεὸν ἐνεργεῖν ὁμολογεῖν τά τε θεῖα καὶ τὰ ἀνθρώπινα, καὶ πᾶσαν θεοπρεπῆ καὶ ἀνθρωποπρεπῆ ἐνέργειαν ἐξ ἑνὸς καὶ τοῦ αὐτοῦ σεσαρκωμένου θεοῦ λόγου ἀδιαιρέτως προϊέναι καὶ εἰς ἕνα καὶ τὸν αὐτὸν ἀναφέρεσθαι… 27
HEFELE, Conciliengeschichte, III2, p. 140: «Natürlich erregten diese Nachrichten aus
Alexandrien große Freude bei … Sergius, und von letzterem haben wir noch ein Antwort-schreiben an Cyrus, worin er diesen in hohem Grade belobt und den Hauptinhalt der κεφάλαια wiederholt»; p. 141: «(Sergius) in dieser Richtung dem Cyrus von Alexandrien Rath und Weisung gab: er solle jetzt, nachdem die Union hergestellt, weder von einer noch von zwei
14 B.MARKESINIS
parler d’une ou de deux opérations et d’autre part l’Ep. ad Cyrum Alex. (CPG 7605), où manque toute idée d’interdiction, Grumel, contre toute évidence textuelle, a considéré que le compte rendu donné par Serge de sa propre lettre dans l’Ep. ad Honorium Rom. «doit être une interprétation
tendancieuse d’un passage de même sens (MANSI, Collectio,X, 973c)»28
dans l’Ep. ad Cyrum Alex. (CPG 7605); il doit toutefois reconnaître qu’«il manque … dans la lettre à Cyrus l’idée d’une défense (γεγραφήκαμεν
μη-κέτι συγχωρεῖν: MANSI, Collectio, XI, 534c)29 qui est exprimée à
l’inten-tion d’Honorius»30. Si, comme le veulent les Regestes de Grumel, l’Ep. ad
Cyrum Alex. (CPG 7605) est postérieure au Psêphos (p. 218 [N. 287])31, à la lettre de Serge à Sophrone (ibid. [N. 288]) et au rapport du même Serge à l’empereur Héraclius (ibid. [N. 289]), datés par Grumel d’août et d’août-septembre 633 respectivement, on ne voit pas comment l’interdiction de parler d’une ou de deux opérations en Christ peut avoir été absente de l’Ep. ad Cyrum Alex. (CPG 7605; GRUMEL, Regestes, p. 219 [N. 290]).
Cette identification de l’Ep. ad Cyrum Alex. (CPG 7605) de Serge avec la lettre résumée dans l’Ep. ad Honorium Rom., a été reprise, et cette
fois sans hésitation, par Winkelmann32. Pour ce dernier aussi, la rédaction
Energien zu sprechen gestatten»; = HEFELE –LECLERCQ, Histoire des Conciles, III, Ière partie, p. 342: «On comprend que ces nouvelles causèrent la plus grande joie … à Sergius; nous avons encore une réponse de ce dernier à Cyrus, lui adressant les plus grandes louanges et lui répétant le principal contenu des propositions»; p. 343: «Sergius écrivit à Cyrus en ce sens, lui conseillant maintenant que la paix était faite de ne parler ni d’une ni de deux énergies».
28 GRUMEL, Regestes, p. 219 (N. 290). Au passage de Mansi indiqué entre parenthèses
cor-respond RIEDINGER, ACO, Series secunda, I, p. 136, 37-38: πᾶσα γὰρ θεία τε καὶ ἀνθρωπίνη
ἐνέργεια ἐξ ἑνὸς καὶ τοῦ αὐτοῦ σεσαρκωμένου θεοῦ λόγου προήρχετο («toute opération divine et humaine procédait de l’unique et même Dieu le Verbe incarné»).
29
Le passage de Mansi cité entre parenthèses correspond à RIEDINGER, ACO, Series se-cunda, II, p. 542, 1-2. Voir ci-dessus n. 26.
30 Déjà conscient de la contradiction, mais s’obstinant néanmoins à identifier la lettre à
Cyrus dont Serge parle à Honorius avec l’Ep. ad Cyrum Alex. (CPG 7605), Grumel, dans son étude précédente (Recherches, p. 21), allait jusqu’à envisager qu’à la lettre CPG 7605 en avait peut-être «succédé une autre plus conforme au récit de Sergius».
31 Après avoir écarté le contenu de la lettre à Cyrus, tel que le décrit l’Ep. ad Honorium
Rom., Grumel, indubitablement influencé par les mots ἔδοξε καὶ ἐστέρχθη (voir ci-dessus, n. 21), a réduit le Psêphos d’abord (Recherches, p. 21-22) au morceau de l’Ep. ad Honorium qui va de Ταύτην τοίνυν à καὶ διδασκαλίᾳ (MANSI, Collectio, XI, 536 B8-C12; = Riedinger, p. 544, 9-18), puis (Regestes, p. 218 [N. 287]) au seul morceau καὶ πέρας – καὶ διδασκαλίᾳ (MANSI,
Collectio, XI, 536 C7-12; = Riedinger, p. 544, 16-18), c’est-à-dire à ce que nous avons défini
(voir ci-dessus, n. 24) comme la communication orale que Serge a faite à Sophrone. À juste titre, Grumel en a été critiqué par Sherwood (Date-list… [cf. supra n. 10], p. 10), qui pour autant n’a rien dit de la raison qui a poussé Grumel à cet arrangement, à savoir l’identification de l’Ep.
ad Cyrum Alex. (CPG 7605) de Serge avec la lettre résumée dans l’Ep. ad Honorium Rom.
32
de l’Ep. ad Cyrum Alex. (CPG 7605) est postérieure à l’affrontement entre Serge et Sophrone. Winkelmann pensait même avoir décelé, dans la péro-raison de cette lettre, une allusion de Serge au conflit entamé par
So-phrone33. Voici les mots que Winkelmann interprète ainsi:
«Aux lèvres de ta charité sainte et sacrée, que Dieu accorde en abondance sa grâce (Ps. 44, 3), et à ta bouche qui s’ouvre, la parole (Eph. 6, 19), par laquelle
sera sauvé même le reste normal de ceux qui encore toujours, sans raison et en vain, sont en conflit avec nous, lorsqu’ils suivront les pas de nos enfants bien-aimés qui viennent justement de s’unir à nous»34
.
Mais en fait ce passage ne constitue nullement une allusion à la
contes-tation de Sophrone. Le terme τὸ ἐγκατάλειμμα (le reste) s’applique mieux
à ceux parmi les descendants et héritiers de l’ancien schisme monophysite en Égypte, qui encore toujours (mais l’édition de Riedinger n’en favorisait pas la compréhension) résistent à l’union de leurs coreligionnaires avec les orthodoxes; cela n’a rien à voir avec l’opposition de Sophrone, toute nouvelle et dont le succès futur était loin d’être garanti. Par ailleurs, lorsque, dans sa lettre à Honorius, Serge de Constantinople dit: «et …
presque toute l’Égypte et la Thébaïde …»35, il fait clairement allusion à ce
«reste» monophysite.
Il s’ensuit: 1) que l’Ep. ad Sergium CP. (CPG 7611) est un texte que Cyrus avait envoyé à Constantinople, par courrier, avant sa rencontre avec Sophrone;
2) que l’Ep. ad Cyrum Alex. (CPG 7605) est la réponse que Serge a adressée à Cyrus, avant même l’arrivée de Sophrone à Constantinople;
3) que la lettre apportée à Serge par Sophrone, dans laquelle Cyrus donnait à Serge sa version du différend récent entre lui et Sophrone, est postérieure à l’Ep. ad Sergium CP. (CPG 7611).
den Brief, den Sergios in unten Nr. 43 erwähnt (ACO, II, 2, p. 540, 22ff.). Vorhergegangen waren die Auseinandersetzungen des Sergios mit Sophronios, von denen Sergios ebenfalls in unten Nr. 43 spricht (p. 540, 4ff.)».
33 WINKELMANN, Streit, p. 64 (Nr. 26): «Sophronios wird nur indirekt erwähnt: ‚die gegen
uns unüberlegt und törichter Weise streiten‘».
34
Cf. éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, I, p. 138, 28-31: παράσχοι δὲ καὶ τῇ σῇ ὁσίᾳ
καὶ πανιέρῳ ἀγάπῃ περισσοτέρως τὴν αὐτοῦ χάριν ἐν χείλεσι (Ps. 44, 3) καὶ λόγον ἐν ἀνοίξει τοῦ
στόματος (Eph. 6, 19), δι΄οὗ καὶ τὸ ὡς εἰκὸς ἐγκατάλειμμα τῶν τέως (correxi; τε ὡς Riedinger) πρὸς ἡμᾶς εἰκῆ καὶ μάτην διαφερομένων σωθήσεται, τοῖς ἴχνεσιν ἐπακολουθοῦντες τῶν ἀρτίως ἡμῖν ἑνωθέντων περιποθήτων ἡμῶν τέκνων.
35 Cf. éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, II, p. 538, 1: καὶ πᾶσα σχεδὸν … ἡ Αἴγυπτος
καὶ Θηβαῒς...). Sur la résistance que les Monophysites d’Égypte, guidés par le patriarche copte Benjamin Ier, ont opposée à l’Union d’Alexandrie et à Cyrus, voir Sévère d’El-Ashmunein,
History of the Patriarchs of the Coptic Church of Alexandria. II: Peter I to Benjamin I (661),
16 B.MARKESINIS
Cette lettre, qui serait la quatrième de celles que Cyrus a adressées à
Serge36, n’est pas restée sans laisser de traces, malgré ce que dit Hefele37.
Dans le discours qu’il est censé avoir prononcé lors de la quatrième ses-sion (Secretarius quartus) du Concile du Latran (649), l’évêque Maxime d’Aquilée non seulement se réfère clairement à une lettre que Cyrus d’Alexandrie avait écrite à Serge de Constantinople «à cause de Sophrone,
de bienheureuse mémoire»38, mais il en cite un court extrait, que voici:
«la formule ‘il faut confesser que l’opération de Notre-Seigneur Jésus-Christ est unique’ ayant été inscrite dans les chapitres de l’accord qui avait été fait, (So-phrone) s’y opposa, disant qu’il fallait parler de deux opérations de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et il en apporta des testimonia de différents saints Pères»39. Dans cet extrait: 1) les mots de la citation: τεθέντος – λέγειν recoupent parfaitement le passage cité ci-dessus de l’Ep. ad Honorium Rom. de Serge, passage qui relate la rencontre entre Cyrus et Sophrone: «il (So-phrone) s’opposa et contredit le chapitre (consacré) à l’unique opération, exigeant que, de toute manière, on enseigne deux opérations en Christ
notre Dieu»40; 2) bien que sans parallèle dans le récit de Serge — où il
n’est question que des testimonia, présentés par Cyrus, en faveur de
l’«unique opération»41 —, les mots χρήσεις – προεκόμισεν ne semblent pas
avoir été inventés par les Actes du Concile du Latran: repris tels quels dans la suite du discours de Maxime d’Aquilée, ils font l’objet d’un court com-mentaire qui ne laisse pas de doute sur leur caractère de citation littérale:
«Voilà donc, Cyrus a reconnu ce que, dans sa propre lettre, il a fait connaître aussi à Serge, à savoir que Sophrone, qui (repose) parmi les saints, ‘a apporté des
testimonia de différents saints Pères’, comme quoi il faut dire (que sont) deux les
opérations en Christ Dieu»42.
36 À côté de CPG 7610, 7611 et 7612. 37
HEFELE, Conciliengeschichte, III2, p. 141: «… so ist solcher (Brief) verloren gegangen»;
= HEFELE –LECLERCQ, Histoire des Conciles, III, Ière partie, p. 343: «… cette lettre n’est pas
par-venue jusqu’à nous».
38
Cf. éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, I, p. 240, 31-33: … Κῦρος ὁ Ἀλεξανδρείας
Σεργίῳ τῷ Κωνσταντινουπόλεως διὰ τὸν ἐν μακαρίᾳ τῇ μνήμῃ Σωφρόνιον οὕτω γράφων.
39 Ibid., 33-35: τεθέντος δὲ τοῦ ῥητοῦ ἐν τοῖς γενομένοις κεφαλαίοις, ὅτι μίαν ἐνέργειαν
δεῖ λέγειν τοῦ κυρίου ἡμῶν Ἰησοῦ Χριστοῦ, προσέστη αὐτῷ φάσκων (correxi e latino:
asse-rens; φάσκοντι Riedinger), ὡς δύο ἐνεργείας χρὴ λέγειν καὶ χρήσεις διαφόρων (διφόρων Riedinger) ἁγίων πατέρων προεκόμισεν.
40 Cf. éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, II, p. 538, 13-14: ἠναντιώθη καὶ ἀντεῖπε
πρὸς τὸ τῆς μιᾶς ἐνεργείας κεφάλαιον, δύο παντὶ τρόπῳ ἐνεργείας Χριστοῦ τοῦ θεοῦ ἡμῶν ἀξιῶν δογματίζεσθαι.
41 Ibid., p. 538, 15-17. 42
Apparemment, la lettre originale de Cyrus faisait mention aussi bien de testimonia en faveur des monoénergistes, présentés par lui-même lors de sa rencontre avec Sophrone, que de testimonia en faveur des dyoéner-gistes, présentés par Sophrone; Serge de Constantinople et les Actes du Concile du Latran (Maxime d’Aquilée) ont choisi chacun le passage qui servait le mieux leur cause. Pour reconstituer la (quatrième) lettre de Cyrus à Serge, le court extrait cité dans les Actes du Concile du Latran doit être complété par le récit de la rencontre entre Cyrus et Sophrone que
Serge donne dans son Ep. ad Honorium43.
Une question se pose enfin quant à l’origine du court extrait cité dans les Actes du Concile du Latran; la réponse nous est donnée par la péro-raison de l’Ep. ad Honorium Rom., où Serge note à l’intention du pape:
«Tous ces événements donc, depuis le début (jusqu’au moment présent), s’étant ainsi déroulés, nous avons jugé raisonnable, et en même temps néces-saire, de porter à la connaissance de votre Béatitude, fraternelle et de pensée concordante, par les copies exactes que nous avons envoyées, les choses notées (ici) pour mémoire de manière partielle, et nous invitons votre sainteté à les relire tous, et suivant, cette fois encore, la parfaite charité, plaisante à Dieu, qui vous caractérise, s’il s’y trouve, peut-être, quelque chose de défectueux, de le compléter par la grâce qui vous est accordée par Dieu, et par vos saintes lettres de nous signaler, en même temps que votre bonne santé que nous appelons de nos vœux, ce que vous pensez de ces choses»44
.
Serge avait donc envoyé à Honorius, en annexe à sa lettre, des «copies exactes» (ἰσότυπα) des documents relatifs aux «choses notées (ici) pour mémoire de manière partielle»; la lettre de Cyrus à Serge au sujet de So-phrone devait en faire partie, de même que l’Ep. ad Sergium CP. (CPG 7611) de Cyrus et la réponse (CPG 7605) de Serge, les lettres de Serge in-terdisant à Cyrus et à Sophrone de parler d’une ou de deux opérations en Christ, et le rapport fait à l’empereur. Pour la lettre de Serge à Sophrone notamment, nous en avons la confirmation par Honorius de Rome lui-même, qui dans son Ep. I ad Sergium CP. (CPG 9431 [3]) dit qu’il «a reçu
Κῦρος ὅπερ καὶ τῷ Σεργίῳ διὰ τῶν οἰκείων γραμμάτων ἐγνώρισεν, ὅτι ‘χρήσεις’ αὐτῷ ‘δια-φόρων ἁγίων πατέρων προεκόμισεν’ ὁ ἐν ἁγίοις Σωφρόνιος, ὡς δύο χρὴ λέγειν ἐπὶ Χριστοῦ τοῦ θεοῦ τὰς ἐνεργείας.
43
Cf. éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, II, p. 538, 8-540, 3 (cité ci-dessus dans la n. 5).
44 Ibid., p. 546, 19-25: Τούτων οὖν ἁπάντων ἄνωθεν οὕτω παρηκολουθηκότων, εὔ-λογον ἅμα καὶ ἀναγκαῖον ἐκρίναμεν τῶν κατὰ μέρος μεμνημονευμένων τὴν εἴδησιν τῇ ὑμετέρᾳ ἀδελφικῇ καὶ ὁμοψύχῳ μακαριότητι παρασχεῖν διὰ τῶν ἐσταλμένων παρ΄ἡμῶν ἰσοτύπων, καὶ προτρέπομεν τοὺς πανιέρους ὑμᾶς τούτοις ἅπασιν ἐντυχεῖν, καὶ τῇ προσούσῃ ὑμῖν θεαρέστῳ καὶ πληρεστάτῃ ἀγάπῃ καὶ νῦν ἑπομένους, εἴ τί περ ἴσως ἐλλεῖπον εὕρηται, τοῦτο τῇ δεδωρημένῃ ὑμῖν ἐκ θεοῦ χάριτι ἀναπληρῶσαι καὶ δι΄ὁσίων ὑμῶν συλλαβῶν, σὺν τῇ ὑμετέρᾳ εὐκταίᾳ ῥώσει, τὰ περὶ τούτων ὑμῖν δοκοῦντα σημάναι.
18 B.MARKESINIS
la copie d’une lettre que vous», c’est-à-dire Serge, «avez adressée au même
Sophrone»45. Toutes ces lettres, avec d’autres documents relatifs à la
que-relle monoénergiste (et monothélite), devaient être déposées dans les «ar-chives sacrées» (εὐαγὲς σκρίνιον) ou «ar«ar-chives apostoliques» (ἀποστολικὰ
σκρίνια), dont font mention les Actes du Concile du Latran46. C’est grâce
à ces archives, à notre avis, que S. Maxime47, en train de préparer de près
ou de loin les dits Actes, a pu puiser et trouver la lettre de Cyrus à Serge au sujet de Sophrone.
4) Enfin, la lettre de Serge à Cyrus mentionnée et citée partiellement dans l’Ep. ad Honorium Rom. est une seconde missive, postérieure à CPG 7605, que le patriarche de Constantinople envoya à son collègue d’Alexan-drie; chronologiquement, elle se situe immédiatement après la lettre de Cyrus à Serge au sujet de Sophrone, et avant les lettres de Serge à So-phrone et à l’empereur Héraclius.
Katholieke Universiteit Leuven Basile MARKESINIS
Griekse Studies
Blijde-Inkomststraat, 21 – bus 3318 B – 3000 Leuven
45
Cf. éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, II, p. 548, 11-12: ὧν τινων γραμμάτων πρὸς
τὸν αὐτὸν Σωφρόνιον πεμφθέντων παρ΄ὑμῶν δεξάμενοι τὰ ἴσα καὶ ἐντυχόντες.
46 Cf. éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, I, respectivement p. 36, 18-21; 60, 11-12; 72,
26-27; 216, 28-29 et p. 58, 33-37; p. 60, 4-7; 96, 11-14; 162, 17-23. Le dernier de ces passages mérite particulièrement notre attention: il nous montre que les «archives apostoliques», à côté des «rapports» (ὑπομνήματα) de Serge et de Pyrrhus de Constantinople, abritaient aussi des lettres de Cyrus, comme par ex. son Ep. III ad Sergium CP. (CPG 7612), par laquelle le patri-arche d’Alexandrie «confirmait et embrassait» (κυροῖ καὶ ἀσπάζεται) l’Ecthesis.
47 Voir R.RIEDINGER, Die Lateransynode von 649 und Maximos der Bekenner, in
Maxi-mus Confessor. Actes duSymposium sur Maxime le Confesseur, Fribourg, 2-5 sept. 1980, éd.
F.HEINZER –C.SCHÖNBORN (= Paradosis. Études de littérature et de théologie anciennes, 27),
Fribourg, 1982, p. 111-121;ID., Die Lateranakten von 649, ein Werk der Byzantiner um Maximos
APPENDICE
Ep. ad Honorium Rom.
(éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, II, p. 540, 19-544, 16)
Ecthesis
(éd. RIEDINGER, ACO, Series secunda, I, p. 160, 4-29) Ἡμεῖς οὖν τὴν ἐντεῦθεν ἀρξαμένην ἐξά-πτεσθαι τισὶ τῶν ἐνταῦθα ἀμφισβήτησιν κατανοήσαντες καὶ εἰδότες ὡς ἐκ τῶν τοιούτων ἀεὶ φιλονεικιῶν αἱ τῶν αἱρέ-σεων διχοστασίαι γεγόνασιν, ἀναγκαῖον ἐκρίναμεν πᾶσαν θέσθαι σπουδὴν πρὸς τὸ καταπαῦσαί τε καὶ ἐκκόψαι τὴν περιττὴν ταύτην λογομαχίαν. Καὶ πρὸς μὲν τὸν συχνῶς εἰρημένον ἁγιώτατον τῆς Ἀλεξανδρέων πατριάρχην γεγραφήκαμεν, ὥστε αὐτὸν τὴν πρὸς τοὺς πάλαι χωριζομένους ἕνωσιν σὺν θεῷ κατορθώσαντα48, μηκέτι τοῦ λοιποῦ ττινι συγχωρεῖν μίαν ἢ δύο προφέρειν ἐἐνεργείας ἐἐπὶὶ Χριστοῦ τοῦ θεοῦ ἡμῶν, ... οὐδαμῶς συγχωροῦντές τινι τῶν πάντων μίαν ἢ δύο λέγειν ἢ διδάσκειν ἐἐνεργείας ἐπὶ τῆς θείας τοῦ κυρίου ἐν-ανθρωπήσεως, ἀλλλὰ μᾶᾶλλον,, καθάπερ αἱἱ ἅἅγιαι καὶὶ οοἰκκουμενικαὶ παραδεδώκασι σύνοδοι,, ἀλλλὰ μᾶᾶλλον,, καθάπερ αἱἱ ἅἅγιαι καὶὶ οοἰκκουμενικαὶ παραδεδώκασι σύνοδοι,, ἕννα κκαὶ τὸὸν αὐὐτὸὸν υἱἱὸν μονογενῆῆ, τὸὸν κύριον ἡμῶν Ἰησοῦν Χριστόν, τὸν ἀλη--θινὸν θεὸν ἐνεργεῖν ὁμολογεῖν τά τε θεῖῖα καὶὶ ττὰ ἀννθρώπινα, ἕννα κκαὶ τὸὸν αὐὐτὸὸν υἱἱὸν μονογενῆῆ, ττὸνν κκύριον ἡμῶν Ἰησοῦν Χριστόν, τὸν ἀλη--θινὸν θεὸν ἐνεργῆσαι ὁμολογεῖν τά ττε θθεῖαα κκαὶ τὰὰ ἀἀνθρώπινα,, καὶὶ ππᾶσσαν θθεοπρεπῆ καὶὶ ἀἀνθρωποπρεπῆῆ ἐἐνέργειαν ἐξ ἑνὸς καὶ τοῦ αὐτοῦ σε--σαρκωμένου θεοῦ λόγου ἀδιαιρέτως προϊέναι καὶ εἰς ἕνα καὶ τὸν αὐτὸνν ἀἀναφέρεσθαι,, καὶὶ ππᾶσσαν θθεοπρεπῆ καὶὶ ἀἀνθρωποπρεπῆῆ ἐἐνέργειαν ἐξ ἑνὸς καὶ τοῦ αὐτοῦ σε--σαρκωμένου θεοῦ λόγου ἀδιαιρέτως καὶ ἀσυγχύτως προϊέναι καὶ εἰς ἕνα καὶ τὸνν ααὐττὸνν ἀἀναφέρεσθαι,, διὰὰ ττὸ τὴὴν μὲὲν τῆῆς μιᾶᾶς ἐννεργείας φφωνήν, εἰἰ καί τισι τῶν ἁγίων εἴρηται πατέρων,, ὅμμως ξενίζειν καὶ θορυβεῖν τάς τινων ἀκκοάς, ὑπολαμβανόντων ἐπ΄ἀναιρέσει ταύτην προφέρεσθαι τῶν ἐν Χριστῷ τῷῷ θθεῷ ἡμῶν ἀσυγχύτως καὶ καθ΄ὑπόστασιν ἡννωμένων δύο φύσεων (ὅπερ οὐκ ἔστι ποτὲ μηδὲ γένοιτο)· διὰὰττὸ τὴὴν μὲὲν τῆῆς μιᾶᾶς ἐννεργείας φφωνήν,, εεἰ καί τισι τῶν πατέρων λέλεκται, ὅμμως ξενίζειν καὶ θορυβεῖν τάς τινων ἀκκοάς, ὑπολαμβανόντων ἐπ΄ἀναιρέσει ταύτην προφέρεσθαι τῶν ἐν Χριστῷ τῷῷ θθεῷ ἡμῶν καθ΄ὑπόστασιν ἡνωμένων δύο φύσεων· ὡσσαύτως δδὲ καὶὶ ττὴνν ττῶνν δδύο ἐἐνεργειῶῶν ῥῆσσιν ππολλοὺςς σσκανδαλίζειν οἷα μηδέ ὡσσαύτως δὲὲ κκαὶ τὴὴν τῶῶν δύο ἐννεργειῶνν ῥῥῆσιν πολλοὺὺς σκανδαλίζειν,, ὡς μήτε
48 Les mots ὥστε – κατορθώσαντα visent la situation concrète créée à Alexandrie après