Progrès accomplis dans le cadre de la stratégie pour la croissance et la réduction de la pauvreté au Sénégal

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Progress under the Growth and Poverty

Reduction Strategy of Senegal

Backiny-Yetna, Prospère and Camara, Mayacine and Ndoye,

Djibril and Ndiaye, Papa Thiecouta and Tsimpo, Clarence

and Wodon, Quentin

World Bank

September 2010

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Progrès accomplis dans le cadre de la stratégie pour la croissance et la

réduction de la pauvreté au Sénégal

Prospère Backiny-Yetna, Mayacine Camara, Djibril Ndoye, Papa Thiecouta Ndiaye, Clarence Tsimpo, et Quentin Wodon1

Résumé

Cet article analyse l’évolution de la pauvreté et des conditions de vie des ménages au

Sénégal sur base d’enquêtes au cours de la période 2005-2009, avec en perspective l’évaluation de la possibilité pour le pays d’atteindre en 2015 les cibles fixés dans le

cadre de certains des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). L’article a

été préparé dans le cadre du processus d’évaluation du DSRP II (Document de Stratégie

pour la croissance et la Réduction de la Pauvreté 2006-2010) mis en œuvre au cours des

dernières années. Malgré les efforts réalisés dans plusieurs domaines, les simulations suggèrent que la pauvreté est restée probablement stable entre 2005/06 et 2009, et il est peu probable que le pays atteigne les objectifs de diminution de la pauvreté de moitié dans le cadre des OMD à l’horizon 2015. Il est aussi peu probable que l’objectif de scolarisation universelle soit atteint. En revanche, les résultats sont bons dans d’autres domaines tels que l’accès à l’électricité et à l’eau potable qui semblent progresser. L’accès aux infrastructures de base dans les villages s’est aussi fortement amélioré.

Mots-clé : Pauvreté, Services de base, Sénégal Classification : I32

Progress under the Growth and Poverty Reduction Strategy of Senegal

Abstract

This article analyses the evolution of poverty and living conditions in Senegal using

household surveys conducted over 2005-2009 within the context of the country’s efforts

to achieve by 2015 the targets set forth under the Millennium Development Goals (MDGs). The article was prepared as part of the evaluation of the PRSP II (Growth and Poverty Reduction Strategy Paper 2006-2010) implemented in recent years. Despite efforts in several areas, simulations suggest that poverty has remained stable between 2005/06 and 2009, and it is unlikely that the country will reach the MDG target of reducing poverty by half by 2015. It is also unlikely that the target of universal primary schooling will be achieved. However, results are better in other areas. Access to electricity and drinking water is improving, as is access to basic facilities in villages.

Keywords: Poverty; Basic services; Senegal. Classification: I32.

1 Backiny-Yetna, Tsimpo, et Wodon sont avec la Banque Mondiale (Development Dialogue on Values and

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1. Introduction

Au cours des dix dernières années, les politiques de développement ont été

fortement recentrées sur la lutte contre la pauvreté. De nombreux pays d’Afrique ont

élaboré des Documents de Stratégie et de Réduction de la Pauvreté (DSRP) ou Cadre Stratégique de Lutte Contre la Pauvreté (CSLP) afin de bénéficier de la remise de la dette extérieure et de mobiliser des fonds pour financer le développement. Le Sénégal est entré dans ce processus en juin 2000 et dix ans après deux DSRP ont été élaborés et mis en

œuvre. Leur vocation a été de promouvoir la participation de l'ensemble des groupes

sociaux à la planification en vue d’un consensus autour des grands objectifs nationaux de

développement. Le premier DSRP (2003-2005) a été un instrument de mobilisation des ressources et de recentrage des actions de développement de l'État autour d'objectifs clairement définis, assortis d'indicateurs de performance et d'impact.

Le Gouvernement du Sénégal s’est ensuite engagé dans la mise en œuvre de son

deuxième DSRP (DSRP II ou Document de Stratégie pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté 2006-2010), avec le soutien de ses partenaires techniques et financiers, des collectivités locales, du secteur privé et des principales organisations de la société civile (voir République du Sénégal, 2006, 2008, 2009). Comme son titre l’indique, ce document de deuxième génération couvre le quinquennat 2006-2010. Cette nouvelle stratégie

associe la lutte contre la pauvreté à une stratégie de croissance accélérée. Il s’agit là d’une

réorientation en matière de politique de développement dans la mesure où la première stratégie de réduction de la pauvreté avait été considérée comme quelque peu défensive dans son approche et, à certains égards, en décalage par rapport aux objectifs de développement économique du Sénégal.

Dans ce contexte, le présent article se présente comme une évaluation quantitative partielle (en fonction des données disponibles pour cette évaluation) des progrès réalisés au cours des dernières dix années, et en particulier au cours de la période couverte par le DSRP II, ceci au moment où le pays va élaborer sa troisième stratégie de lutte contre la pauvreté. Cet article complète donc l’analyse des tendances de la pauvreté monétaire

réalisée par Ndoye et al. (2009) et publiée dans la première partie de ce dossier de

Perspective Afriquesur les mesures de la pauvreté en Afrique de l’Ouest et Centrale.

Sur le plan économique la période 2006-2010 a été marquée par des performances économiques plutôt mitigées alors que la période 1994-2005 avait été caractérisée par une croissance relativement bonne, malgré le ralentissement économique des années 1996, 1997 et 2002 marquées par de mauvaises performances dans le secteur agricole. Le taux de croissance économique après la dévaluation avait été en moyenne de cinq pourcent par an, sans déficits trop importants des finances publiques et sans problème majeur pour la balance des paiements. L’année 2006 marque un tournant dans les évolutions macroéconomiques au Sénégal dans la mesure où les performances deviennent plutôt erratiques (tableau 1). Ainsi en 2006, la croissance économique n’a été que de 2,1 pourcent et les déficits budgétaire et commercial se sont accrus. Le déficit budgétaire a atteint 3 pourcent du PIB en 2005, et 5,8 pourcent en 2006, ce qui a causé des arriérés de paiement vis-à-vis du secteur privé (pour la première fois depuis 1997). Le déficit

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importations alimentaires a aussi contribué à l’aggravation du déficit commercial. En 2007, le gouvernement a pris une série de mesures pour rétablir les équilibres macroéconomiques et faire face à des difficultés particulières dans certains secteurs dont

l’électricité et les exportations de produits chimiques. Ces mesures ont concouru à la

reprise dans les secteurs de l’industrie et des services. Mais 2007 a aussi été la seconde année consécutive de mauvaises récoltes dans le pays, du fait notamment d’une

pluviométrie tardive et de problèmes d’approvisionnement en semences. L’indice de

volume de la production agricole s’set situé en 2006 et 2007 à 75 et 62 (base 100, 1999). Ces mauvaises performances du secteur agricole ont limité les effets des mesures et le taux de croissance s’est situé à 5 pourcent.

Les années 2008 et 2009 ont été caractérisées par de meilleurs résultats dans le secteur agricole et auraient dues être marquées par une consolidation de la reprise. Malheureusement la conjoncture économique mondiale a continué à être défavorable avec des prix du pétrole et des produits alimentaires toujours élevés. Ceci a contribué à ce que le secteur secondaire connaisse une diminution de 1 pourcent du PIB en 2008 et à ce que les services dont la valeur ajoutée représente près de 55 pourcent du PIB au coût des facteurs stagnent en 2009. Ainsi ces deux années n’ont bénéficié que de taux de croissance respectifs de 3,3 pourcent et 1,5 pourcent dans un contexte où le taux de croissance de la population reste élevé, de l’ordre de 2,8 pourcent par an.

Tableau 1: Indicateurs macroéconomiques, Sénégal

2004 2005 2006 2007 2008

Taux de croissance du PIB (%) 5.9 5.6 2.5 4.9 3.3 Solde budgétaire de base (% du PIB) 0.6 -0.3 -4.4 -2.3 -2.2 Taux d’inflation annuel (%) 0.5 1.7 2.1 5.9 5.8 Solde courant extérieur (hors transferts officiels) (% du PIB) -7.9 -9.0 -9.8 -12.6 -12.2 Réserves (mois d’importation) (s’approcher de la BCEAO) 4.8 4.1 3.7 4.1 4.0 Source : Comptes Nationaux du Sénégal / Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie

Le taux de croissance moyen de l’économie du Sénégal a été de 2,8 pourcent en moyenne par an au cours de la période 2005-2009, loin de ce qui était prévue dans le cadre de la stratégie de croissance accélérée, 7 pourcent en moyenne par an qui aurait

permis au pays d’atteindre les cibles fixés dans le cadre des OMD. Etant donné ce taux de croissance, qui est proche du taux de croissance de la population, il est peu vraisemblable que des progrès importants aient été réalisés vers la réduction des mesures de pauvreté monétaire. Ceci dit, s’il sera en conséquence difficile d’atteindre l’OMD de réduction de moitié de la pauvreté d’ici 2015, des progrès dans d’autres indicateurs tels que l’accès aux infrastructures de base et l’équité en matière de genre dans le domaine de l’éducation sont à la portée du pays.

Les données utilisées dans le présent article proviennent de plusieurs sources. La première est l’édition 2005-2006 de l’enquête de suivi de la pauvreté au Sénégal (ESPS). Il s’agit d’une enquête à volets multiples sur plus de 13500 ménages dans l’objectif de

suivre la pauvreté et les conditions de vie des ménages. Malheureusement, l’enquête

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Pour combler à l’absence d’une édition de l’ESPS en 2010 déjà disponible,

d’autres sources de données sont mobilisées. Il y a notamment une enquête ménage sur le

financement de l’éducation qui a eu lieu en 2008. Cette enquête, réalisée sur un échantillon de plus de 2000 ménages contient des informations sur les caractéristiques

des ménages et des individus et des informations détaillées sur les dépenses d’éducation

des ménages. Cette dernière opération est très utile pour l’analyse de certaines questions

de l’éducation (ainsi que pour le suivi de quelques autres indicateurs tels que l’accès à l’électricité), mais elle est restée focalisée sur la problématique de la dépense et a ignoré les questions de la qualité des services, des rendements internes du système, des rendements externes sur le marché du travail, autant de thèmes qui auraient dû être mis à

profit dans le cadre d’une enquête sur l’éducation. L’analyse présentée ici sur l’éducation

est donc relativement limitée. S’agissant de la santé qui est un secteur important pour mesurer les progrès vers les OMD dans la période du DSRP II, outre l’absence d’une édition 2010 de l’ESPS, il y a aussi l’absence d’une enquête démographique et de santé

(EDS) récente qui aurait permis d’analyser les tendances des indicateurs dans ce domaine

au cours des dernières années.

Deux autres enquêtes utilisées dans cette étude sont les recensements sur les infrastructures villageoises de 2000 et 2009. Ces enquêtes portent sur l’existence et le

fonctionnement de différentes infrastructures (scolaire, sanitaire, routières, productives, etc.) dans tous les villages du Sénégal, ce qui permet de mesurer dans quelle mesure

l’accès aux services de base en termes de distances s’est amélioré au cours des dix

dernières années.

La structure de l’article se présente comme suit. La section suivante traite de

l’évolution de la pauvreté monétaire. Les indicateurs de pauvreté sont calculés en faisant

des projections sur la base de l’ESPS de 2005 et des taux de croissance du PIB réalisés au cours de la période. La section trois est relative à l’analyse de différentes dimensions de

la pauvreté non monétaire (conditions de logement, électricité, eau potable, etc.). La

section quatre concerne l’accès aux infrastructures au niveau des villages. La cinquième section est consacrée à l’évolution dans le domaine de l’éducation et la sixième section conclut.

2. Evolution de la pauvreté monétaire

Le Sénégal a connu une importante réduction de la pauvreté au cours de la période 1994/2005 (Ndoye et al., 2009 ; sur les techniques de mesure de la pauvreté, voir Coudouel et al., 2002). Au niveau national, la part de la population en situation de pauvreté a diminué de 67,9 pourcent en 1994/95 à 57,1 pourcent en 2001/02, et enfin 50,8 pourcent en 2005/06. Dans le même temps, l’écart moyen au seuil de pauvreté est

passé de 23,6 pourcent en 1994/95 à 18,3 en 2001/02 pour se situer à 16,4 pourcent en 2005/06. Ainsi outre le fait que la proportion de personnes pauvres baisse de manière sensible, les personnes en situation de pauvreté sont en moyenne moins pauvres que par le passé. Pendant cette période et malgré un taux de croissance de la population élevé (il est estimé de 2,5 pourcent à 2,8 pourcent en moyenne par an), l’effectif de la population

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de 2 à 2,2 points de plus que le taux de croissance de la population. Le pays a notamment retrouvé au cours de cette période les grands équilibres fondamentaux et entrepris

d’autres réformes (privatisation, réformes de la fiscalité et notamment adoption de la TVA) qui ont permis d’absorber les déficits des finances publiques et de consacrer plus

de ressources à l’investissement. Ainsi le taux d’investissement qui était de l’ordre de 11

pourcent dans les années avant la dévaluation atteint une moyenne de 18 pourcent sur la période 1995/2005.

Ces différents travaux de comparaisons de la pauvreté ont bénéficié de trois enquêtes auprès des ménages réalisées en 1995/95, 2001/02 et 2005/06. En fait les comparaisons de pauvreté entre deux dates nécessitent de disposer de deux enquêtes auprès des ménages. On construit alors un indicateur de bien-être, qui est généralement la consommation finale du ménage par équivalent-adulte et on construit aussi un seuil de

pauvreté, c’est-à-dire une valeur de l’indicateur de bien-être en dessous de laquelle un ménage est considéré comme pauvre et n’arrive pas à satisfaire ses besoins de base. Dans

le cas présent, la dernière source de données disponibles est l’ESPS de 2005/06. En

attendant l’ESPS de 2010, on a dû utiliser l’enquête de 2005/06 pour faire une projection des indicateurs de pauvreté en 2009 (pour une analyse qualitative de l’impact de la crise

en 2007/08 sur les populations, voir Fall et al., à paraître).

Pour faire cette projection, on formule quelques hypothèses. D’abord on suppose

que la consommation finale par tête dans l’enquête croît au même rythme que le PIB par tête. On simule donc la consommation finale par tête en 2009 dans l’enquête de 2005/06 en lui appliquant le taux de croissance du PIB par tête et on recalcule ainsi la consommation par équivalent-adulte (l’indicateur de bien-être). En fait pour affiner la

projection, on travaille avec le taux de croissance du PIB par secteur d’activité. On

considère trois secteurs, le primaire, le secondaire et les services (y compris

l’administration). Les ménages sont classés dans l’un des secteurs à partir de l’emploi du

chef de ménage. Les ménages dont le chef est chômeur ou inactif sont dans un quatrième secteur résiduel. On applique donc le taux de croissance du PIB par tête du secteur concerné à la consommation par tête de chaque ménage, en fonction de son « secteur

d’activité». Pour les ménages d’inactifs et de chômeurs, on leur applique le taux de croissance moyen de l’économie. Ensuite, on suppose que la population urbaine croît au rythme de 2,8 pourcent par et la population rurale au rythme de 2,2 pourcent par (hypothèses classiques de croissance démographique au Sénégal). Pour obtenir cette croissance démographique, on applique un facteur multiplicatif aux coefficients

d’extrapolation de l’enquête. Les taux de croissance utilisés étant les taux de croissance réels du PIB par tête, le seuil de pauvreté demeure inchangé. Avec ces éléments, on peut calculer de nouveaux indicateurs de pauvreté en 2009.

Les projections de pauvreté réalisées pour la période 2005/06-2009 suggèrent une stagnation des indicateurs de pauvreté (tableau 2), ce qui n’est pas surprenant puisqu’au

niveau national, le taux de croissance du PIB par tête est quasi nul sur la période considérée. L’incidence de la pauvreté passerait de 50,8 pourcent en 2005 à 50,7 pourcent en 2009. Selon ces projections, la pauvreté reculerait légèrement à Dakar, serait stable dans les autres centres urbains et en légère augmentation en milieu rural (de 61,9 pourcent en 2005 à 63,2 pourcent en 2009), soit une augmentation de 1,4 point de pourcentage. De manière plus préoccupante, alors que l’incidence de la pauvreté est

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augmenté, suggérant ainsi que les plus pauvres ont été le plus affectés par la situation, et en particulier la faible performance du secteur agricole ; ces simulations vont de pair avec

une aggravation de l’inégalité.

Tableau 2 : Projection des indicateurs de pauvreté monétaire

Incidence de la pauvreté

Profondeur de la pauvreté

Sévérité de la pauvreté

Effectif des pauvres

Structure des pauvres

Dépense par équivalent

adulte

2005

Dakar 32.5 8.3 3.0 823709 15.4 511579 Autre urbain 38.8 10.8 4.5 715483 13.4 443586 Rural 61.9 21.5 10.2 3800494 71.2 335375 Ensemble 50.8 16.4 7.5 5339686 100.0 396849

2009

Dakar 30.7 7.8 2.8 872204 14.8 525083 Autre urbain 38.1 10.6 4.4 787816 13.4 451459 Rural 63.2 22.9 11.2 4227658 71.8 328772 Ensemble 50.7 17.0 7.9 5887678 100.0 398743

Source : Calcul des auteurs

L’évolution de la pauvreté au cours de la période 2005-2009 est par hypothèse

compatible avec l’évolution des performances économiques qui sont à la base de ces

projections ; avec un taux de croissance économique de 2,8 pourcent en moyenne par an,

c’est-à-dire à peine plus élevé que le taux de croissance de la population qui est estimé à 2,5 pourcent par an. En effet contrairement à la période 1994-2005, les performances économiques ont été plutôt erratiques sur la période récente. On a signalé ci-dessus que cette période est notamment marquée par un double choc sur la production et les prix. La production agricole a baissé de 30 pourcent en volume entre 2005/06 et encore de 24 pourcent entre 2006/07 et 2007/08. En fait la production de la campagne agricole 2007/08 représente moins de la moitié de celle de la campagne 2005/06. Et on sait que les performances du secteur agricole influencent fortement les évolutions de la pauvreté dans la mesure où une bonne moitié de la population tire un revenu de cette activité. Néanmoins, on note une reprise au cours de la campagne 2008/09 qui contribue largement à rattraper les niveaux de production des mauvaises campagnes passées. Le

secteur agricole n’est pas le seul à enregistrer de mauvaises performances au cours de cette période, les résultats des autres secteurs sont également en dent de scie, laissant entrevoir une économie encore fragile. Le secteur secondaire alterne des périodes de performances moyenne et faible (la production industrielle baisse de près de 10 pourcent

au cours de l’année 2008) ; quant au secteur tertiaire qui a été le moteur de la croissance au cours des années 2005 à 2007, il connaît aussi un net recul depuis 2008.

Outre la baisse de la production agricole et industrielle, l’économie sénégalaise,

comme celle de nombreux pays en développement a été frappée par une forte augmentation des prix des produits alimentaires en 2008. Ces prix se sont accrus de près de 10 pourcent au cours de l’année précitée, entraînant une inflation globale de près de 6 pourcent. Même si le Sénégal ne semble pas avoir été particulièrement victime de la crise mondiale des prix alimentaires de 2008, cette forte inflation a tout au moins contribué à

rogner le pouvoir d’achat des ménages ; avant la reprise que l’on note à partir de 2009. Il est à noter que vu la baisse des prix alimentaires en 2009, la montée des prix en 2007 et

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clair qu’en 2007 et 2008, la pauvreté a probablement été plus forte suite à cette hausse des prix, et en particulier suite à la hausse des prix du riz.

Cette évolution de la situation pose sérieusement la question de l’atteinte de la cible pour cet OMD qui est de réduire la pauvreté de moitié à horizon 2015. L’objectif pour le Sénégal était d’arriver à un taux de pauvreté de 34 pourcent à horizon 2015, compte tenu du niveau de celui du début des années 90. Or si la tendance de la période 2005-2009 se poursuit, la pauvreté en sera encore au même niveau en 2015 ; de l’ordre de

50 pourcent puisqu’au cours des dernières années les choses ont peu bougé dans ce domaine. Même si le Sénégal réussissait à retrouver les performances de la période 1994-2005, l’objectif raisonnable aujourd’hui serait un taux de pauvreté de l’ordre de 42 pourcent en 2015. En fait pour parvenir à l’objectif d’un taux de pauvreté de 34 pourcent par an, il faudrait que le pays se place carrément comme un pays émergent en réalisant

des taux de croissance de l’ordre de 10 pourcent par an, ce que le pays n’a pas pu faire au

cours des 15 dernières années. L’objectif de réduire la pauvreté de moitié à horizon 2015

risque donc ne pas être atteint.

La stagnation du niveau des indicateurs de pauvreté et la forte croissance démographique contribuent à l’augmentation de la population pauvre. L’effectif des pauvres s’accroît de plus de 10 pourcent entre 2005 et 2009, non seulement du fait de

l’augmentation des niveaux de pauvreté dans les campagnes, mais aussi en raison de la forte croissance démographique. En effet l’indice synthétique de fécondité reste élevé (5,1 enfants en moyenne par femme dont 6,4 enfants en moyenne en milieu rural). Dans ce contexte, il faut plus de ressources que par le passé pour éradiquer la pauvreté d’autant

que les plus pauvres semblent avoir été plus victimes des contre-performances récentes

de l’économie et que la distance moyenne au seuil de pauvreté a tendance à s’accroître.

Ces résultats sur la période récente mettent en évidence la fragilité de l’économie

du pays et sa capacité dans le long terme à améliorer de manière durable les conditions de vie des populations. Les travaux réalisés par la Banque mondiale (2008) dans le passé ont montré que la réduction de la pauvreté provient essentiellement de la croissance. En effet, les changements constatés dans les taux de pauvreté peuvent être décomposés en changements liés aux modifications du revenu ou de la consommation moyens (croissance) sous l’hypothèse d’absence de tout changement de l'inégalité, et en

changements de l'inégalité en l'absence de croissance. Les résultats de la décomposition croissance et inégalité au cours de la période 2001/02 et 2005/06 ont montré que

l’essentiel de la réduction de la pauvreté est due à la croissance. Au niveau national, le

total des 6,3 points de réduction de la pauvreté provenait d’une amélioration des revenus moyens de l’ensemble de la population2. La solution d’une réduction durable de la pauvreté passe donc par une croissance forte et soutenue. Dans le cas du Sénégal, la croissance est encore trop dépendante des facteurs exogènes tels que les aléas climatiques. Il est important pour le pays d’engager des réformes structurelles plus

profondes pour améliorer ces conditions.

2 Néanmoins les effets de redistribution étaient importants à l’intérieur du milieu urbain et étaient plutôt

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3. Conditions de vie des ménages

La pauvreté revêt des dimensions multiples. La pauvreté monétaire qui a fait

l’objet de la section précédente mesure la capacité pour un ménage à subvenir à ses besoins essentiels, alimentaires et non alimentaires. Un ménage en situation de pauvreté peut ne pas être capable de satisfaire à ses besoins en raison de la faiblesse de son

pouvoir d’achat (problème de demande). Mais il peut aussi arriver que le problème se

situe au niveau de l’offre par exemple dans le cas des utilités publiques comme

l’électricité ; et ces questions sont peu mises en évidence à partir de la pauvreté monétaire. La pauvreté en termes de conditions de vie et d’indicateurs multiples vient donc utilement compléter les analyses de la pauvreté monétaire.

Cette section est consacrée aux performances enregistrées dans les conditions de logement entre 2005 et 2008. L’analyse s’intéresse dans un premier temps aux

caractéristiques de l’habitat des ménages, notamment les matériaux des murs et du toit. Elle s’appesantit sur cette question en raison de la problématique soulevée dans les OMD portant sur l’habitat spontané caractérisé entre autres par la précarité des matériaux de construction. Le deuxième point est relatif aux questions d’accès à l’eau potable et à l’assainissement. Le troisième élément d’analyse traite de la question de l’accès à l’énergie et notamment du type de combustibles utilisés pour la cuisine qui pose

l’épineuse question de l’utilisation des sources ligneuses dans un contexte de

revitalisation des ressources végétales et de l’augmentation du prix du gaz domestique.

L’analyse est faite sur la base des données de l’ESPS de 2005 et de l’enquête éducation de 2008. D’autres dimensions des conditions de vie (éducation, santé, équipement des

ménages) ne sont pas traitées faute de données appropriées et comparables au niveau des ménages3.

La qualité de l’habitat a enregistré une amélioration, surtout en milieu rural (tableau 3). Il y a un plus grand nombre de ménages habitant un logement en matériaux définitifs aussi bien pour la toiture que pour les murs. Les habitations avec toiture en matériaux définitifs (béton, tôle, tuile) sont quasiment la norme à Dakar et sont également largement majoritaires dans le reste des centres urbains. Dans les campagnes, alors que la moitié des ménages vivaient sous un toit en matériaux définitifs en 2005, cette proportion dépasse les six ménages sur dix en 2008. Il convient de noter en particulier que les ménages ruraux délaissent de plus en plus la chaume/paille (47,5 pourcent en 2005 contre 35,6 pourcent en 2008) qui sont des matériaux précaires au profit du zinc (respectivement 38,0 pourcent contre 47,0 pourcent), du béton (respectivement 8,2 pourcent contre 9,0 pourcent) et de la tuile ou ardoise (respectivement 4,5 pourcent et 7,0 pourcent). Dans les autres villes, les toits en tuile ou ardoise ont connu une progression dans la période de 7 points de pourcentage tandis que ceux en béton et zinc ont enregistré une baisse.

Pareillement les ménages sont plus nombreux à avoir une maison avec murs en matériaux définitifs (béton, briques cuites, briques adobes). Le recours aux briques en ciment comme matériau pour les murs du logement est un phénomène assez répandu. En effet, le pourcentage de ménages qui utilisent ce type de matériau est passé de 67,1 pourcent à 69,5 pourcent entre 2005 et 2008. Dans les centres urbains, le phénomène est

3Il convient de préciser qu’il était prévu initialement de mener une analyse plus globale de l’évolution des

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quasi général, surtout à Dakar où 96 pourcent des ménages sont concernés. En milieu

rural, l’usage des briques en banco qui était plus répandu en 2005 (42,7 pourcent des

ménages) s’est replié en 2008 à un taux de 35,8 pourcent tandis que la proportion de ménages utilisant les briques en ciment se situe à 44,0 pourcent contre 31,0 pourcent en 2005. Le recours aux pailles et tiges a concomitamment baissé sur la période avec une proportion de ménages utilisateurs moindres en 2008 (17,7 pourcent) qu’en 2005 (21,4

pourcent). Cela va dans le sens de l’amélioration des conditions de vie, et notamment de plus de sécurité dans les situations d’intempéries (inondations par exemple) qui ne sont pas rares au Sénégal.

Tableau 3 : Part des ménages ayant accès à certains facteurs de conditions de vie (%)

2005 2008

Dakar

Autre

urbain Rural Ensemble Dakar

Autre

urbain Rural Ensemble Logement avec toit en

matériau durable* 99.9 93.5 50.8 72.4 98.5 91.8 63.0 78.0 Logement avec mur

en matériau durable** 97.7 94.6 74.1 84.4 96.7 93.8 79.8 87.0 Eau courante 86.4 64.3 19.2 46.3 86.0 71.6 25.1 50.1 Toilettes décentes 96.5 78.8 29.3 57.2 97.7 69.4 27.5 53.8 Eclairage à

l'électricité 93.1 74.1 17.2 48.9 95.5 79.4 35.4 59.7 Energie cuisine gaz

ou électricité 88.7 54.3 9.3 39.8 93.1 45.6 6.1 35.9 Nombre moyen de

pièces par

personne*** 0.44 0.47 0.46 0.45 0.49 0.52 0.49 0.50 Source : ESPS, 2005 et ENDEM, 2008

Note : (*) : béton, tuile/ardoise ou zinc ; (**) : brique en ciment ou en banco ; (***) la dernière ligne, c’est un effectif et non un pourcentage.

Ainsi même dans cette période de croissance économique plutôt modeste, les ménages ont apparemment eu tendance à miser sur le long terme en investissant dans le logement pour améliorer la qualité de leur habitat. Ces investissements dans le logement ont d’ailleurs contribué à ramener le nombre moyen de pièce par personne de 0,45 en

2005 à 0,5 en 2008, c’est-à-dire en moyenne deux personnes par pièce. Cette amélioration a été enregistrée aussi bien à Dakar, dans les autres centres urbains et dans les campagnes. Ces progrès vont dans le sens de la stratégie de réduction de la pauvreté qui a prévu d’améliorer la qualité de l’habitat notamment en mettant l’accent sur l’habitat

social et en mettant en œuvre des programmes de restructuration des quartiers irréguliers et/ou concernés par les inondations et en mettant en œuvre des schémas régionaux

d’aménagement et d’occupation du territoire.

Dans ce cadre, on note qu’il y a eu l’extension de l’expérience de production de

parcelles viabilisées dans le cadre du Programme de promotion des Zones

d’Aménagement Concerté ; la viabilisation de lotissements existant dans plusieurs localités et la poursuite du programme de lutte contre les inondations. Toutefois, la revue

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populations urbaines dans la mesure où les ressources consacrées, au cours de l’année

2007 au financement du sous-secteur sont, en effet relativement faibles ».

Plus généralement, la question de l’habitat a toujours été un problème crucial en Afrique. D’une part il est vrai que certains pays comme le Sénégal font l’effort de la

viabilisation des zones en les dotant d’un minimum d’infrastructures (eau courante, électricité, voies d’accès, voiries urbaines, etc.). Mais d’autres problèmes demeurent, dont celui du financement. Dans beaucoup de cas, les ménages financent le logement par des crédits de court terme, le financement informel (tontines) ou par leur épargne, ce qui

relève d’un exploit quand il s’agit de construire un logement. Ensuite il y a la question

des coûts des matériaux de construction, les matériaux locaux qui pourraient être à des coûts plus abordables ne sont pas vraiment valorisés. Enfin il semble que dans plusieurs

pays, les politiques de l’habitat, notamment à travers l’habitat dit social, ciblent les classes moyennes et riches (notamment les agents du secteur public) ; et très peu les classes les moins nantis et surtout pas les populations rurales. Il y a là des pistes que le

Sénégal pourrait explorer afin de dynamiser sa politique de l’habitat.

Le tableau 3 suggère que les ménages utilisent aussi beaucoup plus souvent un robinet individuel pour leur eau de boisson, ce qui va dans le sens de l’amélioration de

l’accès à l’eau potable. Le secteur eau et assainissement, à travers le programme « eau potable et assainissement pour le millénaire » vise à un accès universel à l’eau potable et à l’assainissement à horizon 2015. Pour ce faire, les actions prioritaires retenues sont :(i)

l’extension et généralisation de la réforme du système de gestion des forages ; (ii) le renforcement de la politique de branchements sociaux et généralisation de l’accès ; (iii) la

construction et réhabilitation de forages et réalisation d’ouvrages de stockage et extension

de réseaux ; (iv) la réalisation d’ouvrages collectifs et autonome d’évacuation des excrétas en milieux urbain et rural ; (v) l’augmentation de la connexion au réseau

d’assainissement en milieux urbain et périurbain ; (vi) la promotion de système de

traitement des ordures ménagères ; (vii) le développement des programmes IEC en

matière d’hygiène et assainissement.

Dans le cadre de ce programme, il a été réhabilité 61 773 mètres linéaires de canalisation en 2007 et 8 221 mètres linéaires en 2006. De même, il a été réalisé 13 744 branchements supplémentaires en 2007, dont 7 954 branchements sociaux et 5 790 branchements ordinaires. Ces actions ont contribué à augmenter la proportion de ménages

utilisant l’eau du robinet, qui s’améliore sensiblement de 46,3 pourcent en 2005 à plus de 50 pourcent en 2008. Il n’est malheureusement pas possible de cerner l’accès à l’eau potable d’une manière générale, car les questions posées sur les deux enquêtes ne permettent pas une comparaison rigoureuse ; néanmoins, tout laisse à penser que l’accès à l’eau potable s’est également amélioré à l’instar de l’accès à l’eau d’un robinet propre au

ménage qui reste la source la plus directe d’approvisionnement en eau potable. Il est

intéressant de noter qu’à Dakar, l’accès à l’eau à l’aide d’un robinet propre au ménage est très élevé, couvrant plus de 86 pourcent des ménages. Il semble cependant qu’il existe

(12)

Outre l’eau potable, les sanitaires constituent aussi un problème de santé pour les

ménages, et sur ce plan, la situation en 2008 semble être moins bonne que celle de 2005,

si l’on en croit les données. En matière de santé, des latrines répondant aux normes

d’hygiène mettent les populations à l’abri de maladies infectieuses en évitant des

contaminations entre ces latrines et l’eau de boisson. En 2005, 57,2 pourcent des ménages

vivaient dans un logement avec des sanitaires décents, c’est-à-dire soit un WC avec

chasse d’eau, soit des latrines couvertes ou améliorées. Ce pourcentage recule à 53,8

pourcent en 2008 ; recul inhérent à de plus mauvais sanitaires dans le milieu urbain autre que la capitale Dakar. Ce recul doit cependant être pris avec quelques réserves, du fait de la qualité probablement moins bonne de l’enquête de 2008 par rapport à l’enquête de 2005/06. Mais si cela était, la tendance pourrait par exemple s’expliquer par le fait qu’une

proportion sensible de ménages nouvellement constituée utiliserait des toilettes non hygiéniques.

L’accès à l’électricité comme source d’éclairage s’est amélioré entre 2005 et 2008. Les ménages ont le choix entre deux principales sources d’éclairage, le pétrole en utilisant une lampe ou alors l’électricité. L’électricité présente l’avantage d’offrir de

meilleures conditions de vie, permet la conservation des produits alimentaires, contribue à améliorer les performances scolaires des enfants et aide les ménages pauvres à développer des activités génératrices de revenus (fabrication de glaces artisanales, vente

de l’eau fraîche, activités de service tels que la soudure, etc.). Ainsi, des initiatives sont entreprises par l’Etat du Sénégal pour assurer l’accès des ménages à l’électricité

(augmentation de la capacité de production, diversification des sources avec la mise en

œuvre de programme d’électrification rurale,extension progressive de l’énergie solaire, etc.). En conséquence, le pourcentage de ménage utilisant l’électricité comme source d’éclairage s’accroît entre 2005 et 2008, en passant de 48,9 pourcent à 59,7 pourcent.

L’usage des lampes tempêtes a augmenté sur la période (respectivement 22,5 pourcent contre 26,8 pourcent) ; laquelle augmentation est imputée aux ménages ruraux dont près de la moitié (46,5 pourcent) a recours à ce type d’énergie en 2008 contre 36,5 pourcent en 2005. Ces ménages ruraux délaissent de plus en plus les lampes à pétrole artisanales car moins de 10 pourcent d’entre eux les utilisent en 2008, soit une proportion trois fois moindre que celle de 2005 (33,7 pourcent).

A Dakar, la quasi-totalité des ménages (95,5 pourcent) ont accès à l’électricité en

2008 avec une légère progression par rapport en 2005 (93,1 pourcent). A l’exception de

Dakar, le recours à la bougie a connu une certaine percée en 2008 dans les ménages des centres urbains autres que Dakar et dans ceux du milieu rural dont la proportion concernée par le phénomène a respectivement doublé (6,0 pourcent contre 12,1 pourcent) et triplé (5,1 pourcent et 15,9 pourcent) sur la période. Malgré cette amélioration de

l’accès à l’électricité, il semble que des problèmes de la qualité de la fourniture du service se posent, notamment des coupures qui interviennent régulièrement. Cette question n’a

pas été approfondie dans les enquêtes précédentes, mais devrait l’être dans l’ESPS de

2010 en cours de préparation. Dans certains pays, la qualité de l’offre d’électricité pose

problème du fait du vieillissement des équipements et des problèmes de maintenance. Dans le cas où le service est de qualité médiocre, l’impact sur les conditions de vie est

limité. Il est donc important de traiter cette question relative à la qualité.

Alors que l’accès à l’électricité pour l’éclairage est en amélioration, l’utilisation

(13)

sont le gaz et l’électricité. L’électricité est relativement chère pour certains ménages et peu accessible aux ménages pour la cuisson des aliments, ce qui explique que certains ménages utilisent plutôt le gaz domestique, qui est préférable au bois ou ses dérivés qui sont nocives pour la santé. Cependant, d’après les résultats des enquêtes, par rapport à 2005, certains ménages ont substitué en 2008 les combustibles traditionnels (charbon de bois et bois de chauffe) au gaz domestique dont la proportion de ménages utilisateurs est passée de 39,8 pourcent à 35,9 pourcent sur la période. L’analyse selon le milieu de

résidence montre que la baisse est constatée pour les ménages ruraux et des centres urbains autres que Dakar. Il est à noter que l’enquête de 2008 a coïncidé avec une période de forte hausse des cours mondiaux du pétrole qui a poussé l’Etat du Sénégal a répercuté

cette hausse sur le prix du gaz domestique. Parallèlement, une situation de pénurie de gaz a prévalu sur l’ensemble du territoire et surtout dans la Capitale et a causé des difficultés

d’approvisionnement aux ménages. En termes de niveau, la proportion de ménages ruraux qui a recours au gaz reste très faible (moins de 10 pourcent) si bien que l’option

du Gouvernement de subventionner le gaz en 2008 lors de la crise pose un problème

d’efficacité du ciblage des populations pauvres pour les politiques publiques. En effet,

cette subvention risque de profiter plus aux ménages citadins, en l’occurrence ceux de Dakar qui sont moins pauvres, que ceux des ménages ruraux qui ont plus recours aux bois de chauffe (3/4 des ménages concernés). Cette situation mérite une attention particulière de la part du Gouvernement pour préserver les ressources ligneuses exposées à une forte surexploitation par les ménages démunis.

4. Accès aux infrastructures de base dans les villages

L’accès aux infrastructures (eau, électricité, routes, téléphone, etc.) est important

pour les ménages. En premier lieu, leur disponibilité facilite les conditions de vie ; il est

par exemple plus facile de s’éclairer à l’électricité qu’à l’aide d’une lampe tempête. Deuxièmement, certaines infrastructures, l’eau potable notamment, ont des externalités

positives sur la santé des populations, l’eau non potable étant le vecteur de plusieurs maladies. Enfin, l’accès aux infrastructures contribue à réduire la pauvreté en aidant à la

création des activités génératrices de revenus, à améliorer la productivité et en permettant

l’intégration des pauvres aux marchés, et en réduisant le temps alloué aux déplacements

et aux activités de collecte de bois et d’eau.

Cette section évalue les progrès accomplis en matière d’accès aux infrastructures sur la période 2000-2009 et évalue les performances du ciblage des nouveaux investissements en infrastructures de base pour les populations pauvres. Les données utilisées proviennent des deux éditions de l’enquête village réalisée par l’ANSD en 2000

et 2009 (voir Agence National de la Statistique et de la Démographie, 2009). Ces enquêtes sont des recensements dont l’objectif est d’analyser le niveau d’accès des

villages aux infrastructures de base. Il s’agit notamment des infrastructures générales

(adduction d’eau, électricité, routes), des infrastructures sociales (écoles, centres de santé, maternité, etc.), des infrastructures de production (moulin, unités de conservation ou de

transformation des produits agricoles, d’élevage ou de pêche, etc.) et des organisations communautaires existant dans le village.

Les données ont été collectées sur plus de 12000 villages. Parmi ces derniers, il

n’a pas été possible de retrouver quelque 2500 villages dans les deux enquêtes. La raison

(14)

est passé de 11 à 14 régions avec un accroissement du nombre de départements et

d’arrondissements. Parfois, les noms des villages ont aussi changé, ce qui rend leur identification difficile. En définitive, le panel de villages porte sur 9767 unités pour les

statistiques d’accès de base.

L’un des buts de l’analyse est d’évaluer la performance du ciblage des nouvelles infrastructures auprès des pauvres, et pour cette raison, il est nécessaire de disposer des indicateurs de pauvreté au niveau des villages. Ceci est possible à l’aide d’une carte de pauvreté réalisée par Bakary et al. (2010), mais pour cette carte on dispose de chiffres de pauvreté au niveau des arrondissements et pas au niveau des villages, cette entité

administrative étant trop petite pour que l’on puisse calculer ces indicateurs de pauvreté avec précision. De plus du fait du changement de la structure administrative, il n’est pas

possible de retrouver tous les villages avec la carte de la pauvreté, et seuls 6769 villages ont pu être retrouvés pour lesquels on a des estimations de pauvreté au niveau de

l’arrondissement. Avant de procéder aux analyses, un travail de comparaison a été fait pour vérifier que les 6769 villages sont bien représentatifs des 12000 villages de départ, ce qui est le cas. L’analyse de l’incidence (en termes de niveaux de pauvreté) des

investissements dans les villages porte donc sur ces 6769 villages.

Une infrastructure est considérée comme accessible si la condition ci-dessous est satisfaite (la condition étant différente pour chacune des infrastructures) : Source

d’approvisionnement en eau potable (robinet, puits moderne, forage) à moins d’un

kilomètre du village ; Ecole primaire à moins de 3 kilomètres du village ; Poste de santé à moins de 5 kilomètres du village ; Boutique, marché hebdomadaire à moins de 5 kilomètres du village ; Route (bitumée ou en latérite) à moins de 5 kilomètres du village ;

Centre d’alphabétisation à moins de 3 kilomètres du village ; Maternité à moins de 5 kilomètres du village ; Poste de téléphone à moins de 5 kilomètres du village ; Electricité (poste de courant, ligne électrique) dans le village ; Source d’approvisionnement en

intrant à moins de 5 kilomètres du village ; et enfin magasin de stockage dans le village. Selon ces définitions, comme le montre le tableau 4, l’accès aux infrastructures s’améliore de manière sensible au cours de la décennie 2000. Cette amélioration est relative à pratiquement tous les types d’infrastructures (routières, sociales, économiques, etc.). Par exemple alors que trois quart des populations rurales avaient accès à une

adduction d’eau en 2000, on est à plus 83 pourcent en 2009 ; un quart des populations habitaient un village accessible à l’électricité en 2000 et on en est à plus d’un tiers en

2009 ; on retrouve les mêmes tendances pour les infrastructures sociales, pour les routes et pour les infrastructures de production. Par ailleurs, les évolutions au niveau des régions suivent la tendance générale, sauf dans deux cas : Saint-Louis et Sedhiou. Dans le cas de Saint-Louis, il ya des infrastructures (eau, poste de courant, maternité, magasin de

stockage de vivres) dont l’accès diminue de manière sensible. Il peut s’agir d’une véritable baisse, le cas notamment d’infrastructures existantes qui n’auraient pas été

entretenues ou seraient mises hors services. Mais le problème pourrait aussi résulter du fait que certains villages ont été transformés en communes urbaines, et on peut

raisonnablement penser qu’il s’agit des villages les mieux équipés ; ceux qui restent ayant

des niveaux d’accès plus bas. Dans le cas de la région de Sedhiou, la baisse sur certaines

infrastructures est plus spectaculaire et est peu réaliste. Elle pourrait plus s’expliquer par

(15)

Tableau 4 : Taux d’accès aux infrastructures de base au niveau des villages par région, 2000-2009

Eau

ligne électrique

Poste de courant

Ecole

primaire Boutique

Marché hebdomadaire

Poste de

santé Maternité

Route bitumée

Route en latérite

2000

Ziguinchor 81.3 28.5 7.7 95.2 72.7 12.7 61.7 71.0 49.1 35.2 Diourbel 68.9 37.9 33.1 71.7 55.2 66.6 72.9 76.2 54.5 45.9 Saint-Louis 82.0 34.0 19.0 86.2 75.7 26.3 60.9 56.1 48.2 46.0 Tambacounda 62.9 26.5 11.6 74.4 64.8 18.1 35.2 33.6 27.0 23.3 Kaolack 79.4 11.3 5.0 81.4 55.4 36.4 49.4 53.8 34.2 35.3 Thiès 86.6 28.1 16.2 84.3 68.8 25.7 64.1 62.9 52.6 48.9 Louga 63.3 15.4 8.5 64.8 47.4 27.4 37.4 41.3 38.9 21.9 Fatick 70.8 23.5 12.9 81.9 67.1 38.0 54.6 54.1 28.8 27.7 Kolda 45.4 4.2 0.9 77.3 24.8 12.0 30.1 29.7 14.5 38.4 Matam 94.2 37.1 25.2 91.2 83.7 24.4 66.2 62.4 50.2 69.5 Kedougou 59.3 1.7 1.1 80.3 26.3 48.6 16.1 19.6 19.2 52.1 Sedhiou 81.4 16.3 5.0 92.8 66.7 0.0 18.9 21.2 19.3 55.3 Ensemble 75.4 25.1 15.1 80.2 62.1 32.4 55.1 56.3 42.0 39.7

2009

Ziguinchor 93.8 47.9 37.7 99.1 92.7 3.5 76.6 89.0 45.3 88.6 Diourbel 92.0 56.5 52.2 86.3 96.2 79.5 81.7 81.0 63.2 47.3 Saint-Louis 76.4 34.1 5.2 86.9 84.4 28.1 58.5 51.1 46.6 50.4 Tambacounda 74.4 29.6 26.4 89.1 82.8 24.1 40.7 39.8 32.9 35.3 Kaolack 70.7 23.5 3.0 92.1 97.6 31.9 53.9 57.3 38.4 51.2 Thiès 87.3 43.6 24.4 95.3 95.1 33.7 73.9 73.5 67.5 68.3 Louga 81.8 30.8 11.4 82.8 83.8 37.3 46.0 39.3 46.2 26.6 Fatick 80.5 32.0 9.4 98.2 97.3 43.4 76.1 73.2 48.7 45.7 Kolda 77.3 10.1 8.3 93.3 91.6 18.1 40.9 41.5 20.9 69.8 Matam 91.9 50.6 0.0 94.1 94.7 19.4 70.6 66.5 46.5 65.8 Kedougou 68.4 6.1 0.0 97.4 88.0 30.6 41.5 40.1 21.0 45.9 Sedhiou 86.0 15.6 0.0 97.2 99.3 2.2 32.9 26.8 53.4 32.7 Ensemble 83.5 37.9 19.7 91.1 92.3 37.5 64.3 62.8 50.3 52.0

(16)

Tableau 4 (suite) : Taux d’accès aux infrastructures de base au niveau des villages par région, 2000-2009

Moulin Approvis. intrants

Magasin de stockage

AGP produits

agricoles fruits AGP

AGP produits d'élevage

AGP produits

de mer

AGP produits forestiers

AGP aliment de

bétail d'artisanat Atelier

2000

Ziguinchor 77.0 5.4 34.2 40.4 71.1 36.9 32.4 69.0 4.1 62.1 Diourbel 61.2 50.4 39.7 60.4 1.1 39.1 1.0 15.4 50.1 32.8 Saint-Louis 63.6 14.7 53.7 45.1 13.5 57.8 35.6 57.1 4.6 47.6 Tambacounda 54.5 4.2 21.9 15.0 18.6 22.9 29.2 54.5 8.9 36.9 Kaolack 49.9 38.3 32.4 46.1 19.9 45.4 10.0 15.7 10.3 36.6 Thiès 68.9 28.9 26.3 49.8 48.0 52.1 14.7 51.5 16.1 33.3 Louga 48.8 21.0 21.6 53.7 5.7 47.4 4.6 39.9 22.6 31.0 Fatick 52.2 25.6 22.4 26.4 26.7 40.1 20.1 35.2 7.7 13.3 Kolda 26.6 15.4 18.4 4.3 42.9 25.6 0.5 49.8 40.5 22.3 Matam 64.0 34.2 34.4 65.8 0.0 58.8 0.2 70.7 34.4 54.1 Kedougou 42.7 45.6 11.1 4.2 91.8 90.3 17.3 100.0 10.0 52.4 Sedhiou 30.2 13.8 37.7 2.1 43.6 44.8 0.2 40.3 0.0 10.0 Ensemble 57.9 27.5 30.6 44.0 25.1 45.4 13.5 42.1 19.5 34.6

2009

Ziguinchor 81.7 17.5 26.1 20.9 24.7 34.5 9.5 63.5 25.6 41.1 Diourbel 82.8 73.1 45.1 40.0 0.4 1.2 0.0 4.0 0.0 10.1 Saint-Louis 65.9 26.7 30.8 59.3 21.0 54.1 23.9 64.6 23.2 45.3 Tambacounda 62.0 22.3 15.5 15.9 10.8 30.3 0.0 26.4 20.9 37.5 Kaolack 81.3 19.9 37.6 52.4 26.8 24.0 30.2 21.4 24.8 52.7 Thiès 83.3 50.3 33.2 76.3 41.2 57.5 13.2 55.4 60.2 41.3 Louga 74.6 31.4 28.7 79.9 13.3 61.4 1.5 50.3 71.3 52.3 Fatick 79.8 27.1 52.5 65.7 48.4 40.5 35.5 68.6 46.3 62.8 Kolda 73.0 48.1 14.9 20.5 10.6 4.9 7.8 13.7 1.4 49.4 Matam 55.5 16.0 9.1 83.8 60.9 90.7 84.0 84.7 71.6 73.2 Kedougou 81.9 27.0 37.8 27.3 8.1 0.0 0.0 12.0 0.0 85.8 Sedhiou 84.7 1.6 34.1 2.9 1.7 9.6 31.5 32.9 19.1 62.5 Ensemble 76.6 36.7 33.3 56.3 24.8 39.7 18.3 44.0 37.1 44.6

(17)

Tableau 5 : Taux d’accès aux infrastructures de base au niveau des villages en fonction du niveau de vie, 2000-2009 Eau ligne électrique Poste de courant Ecole

primaire Boutique

Marché hebdomadaire

Poste de

santé Maternité

Route bitumée

Route en latérite

2000

Q1 (plus pauvre) 69.1 21.5 9.0 77.2 57.1 25.5 41.7 45.5 38.0 26.0 Q2 74.3 21.3 10.5 77.3 61.5 29.8 51.5 51.8 39.1 26.1 Q3 74.4 23.7 14.8 85.5 61.8 24.3 61.6 61.4 41.4 53.9 Q4 78.2 19.3 10.9 86.7 57.3 38.8 56.0 59.3 35.7 51.3 Q5 (moins pauvre) 84.0 47.5 38.7 72.5 78.3 49.5 71.2 68.7 63.3 46.3 Ensemble 75.4 25.1 15.1 80.2 62.1 32.4 55.1 56.3 42.0 39.7

2009

Q1 (plus pauvre) 80.9 32.4 21.0 88.9 85.4 26.4 50.8 50.1 41.1 43.2 Q2 84.5 34.7 13.9 94.0 93.4 37.1 68.6 65.7 53.8 49.4 Q3 86.8 34.4 18.6 94.0 93.8 30.2 66.4 67.4 52.0 70.7 Q4 81.9 32.2 5.3 93.5 98.4 37.3 64.3 63.8 41.2 63.5 Q5 (moins pauvre) 84.3 58.3 42.3 85.1 91.1 58.9 73.6 69.4 66.4 34.5 Ensemble 83.5 37.9 19.7 91.1 92.3 37.5 64.3 62.8 50.3 52.0

Moulin Approvis. en intrants

Magasin de stockage

AGP produits

agricoles fruits AGP

AGP produits d'élevage AGP produits de mer AGP produits forestiers AGP aliment de

bétail d'artisanat Atelier

2000

Q1 (plus pauvre) 59.4 14.6 25.0 41.7 34.4 45.5 24.2 57.7 16.0 43.9 Q2 56.4 26.7 23.1 45.5 26.3 46.4 10.2 34.3 16.9 20.6 Q3 56.6 24.3 29.4 32.8 37.2 37.7 10.8 43.2 23.0 29.0 Q4 51.1 38.4 26.8 38.4 10.4 31.9 1.4 27.4 11.1 30.7 Q5 (moins pauvre) 69.7 37.6 58.6 68.6 13.5 74.0 24.1 50.5 36.4 56.9 Ensemble 57.9 27.5 30.6 44.0 25.1 45.4 13.5 42.1 19.5 34.6

2009

Q1 (plus pauvre) 71.7 24.1 29.1 46.8 17.2 41.3 3.0 48.2 42.9 51.4 Q2 82.4 39.4 43.7 75.2 33.8 61.2 16.6 59.2 63.2 51.4 Q3 75.2 34.4 21.6 53.7 32.5 24.1 20.5 37.6 27.7 38.2 Q4 73.2 32.3 29.5 47.0 29.1 39.6 38.1 37.8 33.4 53.2 Q5 (moins pauvre) 80.7 56.4 42.0 58.5 11.0 26.9 14.1 33.6 11.6 24.0 Ensemble 76.6 36.7 33.3 56.3 24.8 39.7 18.3 44.0 37.1 44.6

(18)

Le niveau d’accès aux infrastructures est variable selon le type d’infrastructures et

entre régions. On peut relever que les infrastructures qui rendent les services essentiels sont aussi les plus présentes dans les villages. Ainsi en 2009, une adduction d’eau

(robinet, forage, puits amélioré) est accessible à plus de 80 pourcent de la population, une école primaire et une boutique à plus de 90 pourcent de la population et un moulin à plus des trois quart de la population rurale. A l’autre extrême, les infrastructures de transformation et de conservation des produits (agricoles, d’élevage, de la pêche) sont

beaucoup moins présentes. Par exemple, la moitié de la population rurale vit dans un

village où l’on peut conserver ou transformer des produits agricoles ; deux ruraux seulement sur cinq vivent dans un village où on peut le faire pour les produits forestiers ;

et un peu plus du tiers pour les produits d’élevage. Or, les activités de transformation

peuvent contribuer à faire plus de valeur ajoutée et à accroître les revenus des ménages.

Quant à la conservation, elle met les paysans à l’abri pour la période de soudure, période de l’année où les vivres coûtent plus cher sur le marché à cause de l’éloignement des

récoltes.

L’accès aux infrastructures semble avoir amélioré l’accès à certains services de

base pour les populations rurales. L’objectif d’un meilleur accès aux infrastructures est d’améliorer les conditions de vie, l’accès aux services et les revenus des ménages. Examiner l’impact de ces infrastructures sur les populations relève d’une analyse

compliquée qui dépasse le cadre de cet article, d’autant que les données dont on dispose sont limitées. Néanmoins certains rapprochements tendent à montrer un impact positif.

Dans le domaine de l’éducation par exemple, on relève que parallèlement à

l’amélioration de l’accès aux infrastructures scolaires au niveau primaire, le taux de

scolarisation des enfants de 7-12 ans gagne plus de 6 points de pourcentage en milieu rural sur la période 2005-2009. De même, il y a une certaine amélioration de l’utilisation de l’eau potable (plus un point de pourcentage) et de l’électricité (plus 4 points de pourcentage). Même s’il ne s’agit pas d’une analyse d’impact, ces résultats tendent à aller dans le bon sens. Ainsi donc la construction d’infrastructures dans les villages contribue à

lever les contraintes d’offre et à une plus grande utilisation des services de la part des

ménages. Dans certains cas, le Sénégal a aussi accompagné l’érection de nouvelles infrastructures à la levée d’autrescontraintes relatives à l’offre telles que le prix élevée de souscription à certaines infrastructures, notamment l’électricité. Il y a eu des campagnes

d’abonnement à des coûts plus faibles que les abonnements classiques qui ont contribué à

l’électrification de certaines zones.

Dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, il est intéressant de savoir si les investissements en infrastructures nouvelles ont profité aux populations pauvres. Sur la base des estimations de la pauvreté au niveau des villages obtenues avec la carte de la

pauvreté, il est possible de classifier les tendances dans l’accès aux infrastructures en

fonction du quintile de bien-être de la population rurale. Le tableau 5 montre, comme on

pouvait s’y attendre, que les gains d’accès à la marge entre 2000 et 2009 ont été

généralement plus importants pour les populations les plus pauvres, même si les taux

d’accès dans les quintiles les plus pauvres demeurent plus bas qu’au niveau rural dans son ensemble.

(19)

l’interprétation, une valeur de Omega supérieure à l’unité laisse entendre que les pauvres

bénéficient en moyenne plus que la population totale des subsides. L’interprétation est

contraire pour les valeurs de Omega inférieure à l’unité. Ainsi, un programme social sera pro-pauvre si le ratio est supérieur à un. Pour calculer Omega pour les différentes

infrastructures considérées dans cette étude, deux hypothèses sont faites. D’abord on

définit un village ou arrondissement pauvre comme étant un arrondissement dont le taux de pauvreté est supérieur au taux de pauvreté national en milieu rural. Ensuite, on suppose que les populations bénéficient de manière identique des infrastructures au sein

d’un village ou arrondissement. Autrement dit, si par exemple une école est construite dans un village, tous les élèves de ce village qui fréquente cette école en tire le même bénéfice.

Avec ces hypothèses, il en ressort que dans la majeure partie des cas, les infrastructures ne sont pas particulièrement ciblées vers les villages les plus pauvres (Graphique 1). En effet la valeur du paramètre Omega est le plus souvent proche de

l’unité, c’est-à-dire que le bénéfice des pauvres en matière d’infrastructure est proche de

leur poids dans la population. On remarque également que les valeurs les plus faibles du

paramètre Omega sont enregistrés pour des infrastructures relatives à l’électricité et au marché hebdomadaire, c’est-à-dire des infrastructures qui pourraient aider les ménages à développer des activités de production pour générer des revenus supplémentaires et faire face à leurs conditions de vie difficiles. D’une manière générale, ce sont donc les villages des arrondissements les moins pauvres qui ont le meilleur accès aux infrastructures,

même si ce résultat n’est pas systématique. Cependant le niveau de vie de

l’arrondissement n’a pas d’influence sur l’accès à l’eau ou à l’école primaire par

exemple. Ceci dit, l’indicateur Oméga est en général plus élevé en 2009 qu’en 2000,

(20)

Graphique 1 : Evolution d’Omega en fonction du type d’infrastructures, 2000-2009

Source : Calcul des auteurs

5. Taux de scolarisation

Comme dans la grande majorité des pays d’Afrique francophone, le système

éducatif au Sénégal est articulé en quatre niveaux : la maternelle, le primaire, le secondaire et le supérieur. Outre les données administratives récoltées sur l’éducation

(voir Direction de la Planification et de la Réforme de l’Education, 2007, 2008, 2009), il

est aussi possible d’utiliser les données d’enquêtes pour analyser les tendances des grands

indicateurs. Le tableau 6 présente les taux de scolarisation nets et bruts calculés à partir des données des enquêtes ESPS de 2005/06 et éducation de 2008. Il est important de souligner que les deux enquêtes ne sont pas nécessairement comparables, et que certains gains de taux de scolarisation entre les deux années apparaissent trop élevés pour être réalistes. Autrement dit, les données de 2005/06 donnent probablement une sous-estimation des taux de scolarité, et celle de 2008 une sursous-estimation de ces taux (les taux calculés au niveau national sur base des donnés administratives se trouvent entres les taux mesurés dans les deux enquêtes). Les estimations sont présentées pour les deux enquêtes non pas tant pour souligner une évolution au cours du temps que pour suggérer

l’intervalle au sein duquel les « vrais » taux de scolarité sont probablement situés, et certaines caractéristiques générales des taux de scolarités en fonction des milieux et des conditions de bien-être des ménages (le bien-être des ménages a été estimé dans l’enquête

0.000 0.200 0.400 0.600 0.800 1.000 1.200 1.400 1.600

(21)

2008 à partie des indicateurs de consommation limités disponibles dans cette enquête). Les différences entre taux nets et bruts de scolarisation apparaissent plus faibles au

Sénégal que dans d’autres pays, surtout en 2008, ce qui est un peu surprenant.

La scolarisation est moyenne au primaire (en comparaison avec d’autres pays

africains) et plutôt faible au secondaire, bien que les données pour 2008 soient encourageantes. La scolarisation mesurée par le taux brut suggère qu’environ quatre enfants sur cinq sont scolarisés. On remarque que les enfants vivant dans le milieu urbain

ont plus de chance d’être scolarisés que ceux vivant en milieu rural. En 2008, les taux net et brut de scolarisation primaire urbains sont supérieurs de 20 à 25 points aux taux ruraux. Il y a cependant peu de disparité selon le sexe.

Entre le primaire et le secondaire, on enregistre une baisse des taux de scolarisation. Dans le secondaire, le taux net se situe à 59,0 pourcent en 2008, contre 69.7 pourcent dans le primaire. Les écarts entre les milieux urbain et rural déjà présents au niveau primaire se maintiennent. Quant aux disparités entre pauvres et non pauvres, elles

sont importantes tant au niveau primaire qu’au niveau du secondaire. Plus précisément, les taux de scolarisation sont monotones croissants en fonction du niveau de vie, c’est

-à-dire qu’ils s’accroissent quand la consommation du ménage augmente. Les ménages les plus nantis sont souvent ceux dont le chef est bien instruit et à ce niveau il est difficile de

faire la part des choses entre l’influence du revenu ou de la consommation et celle de

l’éducation du chef de ménage (et de son conjoint). Des facteurs tels que l’accès à l’école

(faible dotation en établissements en milieu rural) et le niveau de bien être sont aussi déterminants de la scolarisation surtout dans le secondaire.

Ce profil succinct met néanmoins en évidence quelques uns des problèmes cruciaux de l’éducation au Sénégal, notamment les retards dans l’accès à l’école, les

redoublements et les sorties précoces du système scolaire. En effet à sept ans près de la

moitié des enfants ne sont toujours pas inscrits à l’école au Sénégal. Par ailleurs, la baisse

drastique des taux de scolarisation entre le primaire et le secondaire tend à montrer qu’il

y a des déperditions importantes dans le système, résultant de redoublements et

finalement d’abandons. Ces résultats témoignent d’une faible efficacité interne du

(22)

Tableau 6 : Taux bruts et nets de scolarisation primaire et secondaire, 2005 et 2008

Milieu de Résidence Quintiles de Bien être Total Dakar Autre Urbain Rural Q1 Q2 Q3 Q4 Q5

2005

Taux de Scolarisation Primaire

Taux Nets de Scolarisation (7-12)

Total 74.0 72.6 45.4 49.2 48.8 51.5 57.8 73.3 55.1 Masculin 74.8 71.9 45.5 50.3 49.1 50.5 57.0 73.3 55.1 Féminin 73.2 73.4 45.2 48.1 48.4 52.6 58.6 73.4 55.1 Taux Bruts de Scolarisation

Total 116.3 108.9 65.6 70.9 70.1 76.2 86.1 116.1 82.1 Masculin 113.9 107.4 65.8 73.6 70.9 74.5 81.8 113.4 81.4 Féminin 118.7 110.6 65.3 68.2 69.3 78.0 90.5 119.1 82.8

2008

Taux Nets de Scolarisation (7-12)

Total 83.5 82.7 62.8 63.0 64.6 67.9 76.5 79.5 69.7 Masculin 81.9 81.9 60.5 61.6 60.6 63.2 76.8 81.0 67.6 Féminin 85.0 83.4 65.3 64.6 68.9 73.0 76.1 78.0 72.0 Taux Bruts de Scolarisation

Total 97.2 93.0 71.0 71.0 75.8 72.9 89.6 90.6 79.2 Masculin 96.7 92.6 69.5 71.3 71.3 68.8 91.1 93.0 77.8 Féminin 97.6 93.3 72.7 70.7 80.5 77.3 88.0 88.4 80.7

Taux de Scolarisation Secondaire

2005

Taux Nets de Scolarisation (13-19)

Total 43.3 44.2 12.2 15.1 16.1 19.1 29.7 51.2 26.0 Masculin 46.2 50.5 15.5 20.3 19.2 23.0 33.2 57.6 29.9 Féminin 40.8 37.8 9.2 10.1 13.2 15.2 26.4 46.0 22.4 Taux Bruts de Scolarisation

Total 48.5 49.1 14.0 17.1 18.0 21.6 32.9 57.8 29.2 Masculin 51.8 55.9 17.8 23.0 21.7 25.6 36.8 65.2 33.6 Féminin 45.5 42.2 10.6 11.4 14.6 17.5 29.4 51.8 25.2

2008

Taux Nets de Scolarisation (13-19)

Total 73.4 78.4 47.8 52.5 49.5 49.5 61.2 83.5 59.0 Masculin 76.5 83.8 52.1 56.6 54.2 53.8 65.4 87.1 63.2 Féminin 70.0 73.2 43.5 48.1 45.4 44.7 56.9 79.8 54.8 Taux Bruts de Scolarisation

Total 77.8 80.9 49.3 55.1 50.6 50.6 63.9 87.5 61.3 Masculin 81.4 87.2 53.7 59.1 56.2 55.6 67.9 91.7 65.9 Féminin 73.9 75.0 44.8 50.8 45.8 45.0 59.8 83.2 56.6

(23)

Il est utile de noter que les principaux motifs de non fréquentation scolaire dans

l’enquête de 2005/06 sont l’échec scolaire, le manque d’intérêt vis-à-vis de l’école et dans une certaine mesure le travail. Un quart des enfants de 7-19 ans qui ne sont pas à

l’école affirment que cela est dû à l’échec scolaire et un cinquième ne trouvent pas d’intérêt à la scolarisation (ce taux étant plus élevé pour les enfants en âge du

secondaire). On assiste là au procès de l’école et de sa relation avec la société. Le manque d’intérêt pour l’école peut être le fait de facteurs sociologiques, mais aussi le fait de coûts d’opportunité élevés. En effet si les personnes issues du système scolaire éprouvent des

difficultés à s’insérer sur le marché du travail et/ou si les niveaux de salaire sont faibles, les gens préfèrent ne pas investir dans l’éducation. Or au Sénégal le secteur informel est

le principal employeur; et ceci peut expliquer cela. Réfléchir sur la manière de minimiser

l’échec scolaire et continuer à examiner les liens entre programmes scolaires et marché de l’emploi sont des pistes à creuser pour améliorer les niveaux de scolarisation.

Le niveau de satisfaction vis-à-vis de l’école est aussi moyen selon les données de l’enquête 2005/06, avec un bonus pour le communautaire et le secteur privé. Six élèves sur dix se déclarent satisfaits de l’école publique et neuf sur dix de l’école

communautaire. La principale raison d’insatisfaction est le manque de livres et

fournitures scolaires, pour un tiers des élèves de l’école primaire publique et 10 pourcent

de ceux de l’école primaire privée. Les écarts des niveaux de satisfaction sont cependant

importants entre les milieux urbain et rural et en fonction du niveau de vie. Pour l’école publique, trois élèves sur quatre sont satisfaits en milieu urbain contre un sur deux en

milieu rural. De même le niveau de satisfaction tend à s’accroître dans les ménages aisés

par rapport aux ménages pauvres aussi bien dans le public que dans le privé. Manifestement les ménages vivant en milieu urbain et les ménages les plus nantis ont accès aux meilleures écoles.

Une brève analyse des déterminants de la demande d’éducation a été réalisée, et les principaux résultats peuvent être décrits ici. Pour cela on a estimé un modèle probit de demande de scolarisation. Le modèle est estimé pour les enfants de 7-14 ans,

séparément pour chaque milieu de résidence d’une part et pour les garçons et les filles d’autre part. La variable dépendante est le fait d’être ou non inscrit à l’école. Les variables explicatives sont l’âge de l’enfant, le genre de l’enfant, le lien de parenté avec

le chef de ménage, le milieu de résidence, la région, la composition du ménage (nombre

de personnes par sexe et pour différentes tranches d’âge), l’âge du chef de ménage, le genre du chef de ménage, le niveau d’éducation du chef, et les variables d’accès aux

infrastructures publiques (écoles primaire et secondaire).

Pour la régression au niveau de l’ensemble de la population concernée, on

constate que le milieu urbain est favorisé par rapport au milieu rural et les régions de Diourbel et de Matam sont défavorisées. Quand le chef de ménage est une femme, la

probabilité d’avoir les enfants inscrits à l’école augmente. Cette variable a un impact pour toute la population, pour le milieu urbain et surtout pour les filles. Les résultats suggèrent un gain important en termes de la probabilité d’inscription des enfants à l’école

quand le niveau d’éducation des parents s’accroît par rapport aux ménages dont le chef n’a pas d’éducation scolaire. La distance du domicile à l’école primaire la plus proche

influe aussi sur la probabilité d’inscription à l’école dans le sens attendu (la distance à

l’établissement primaire est inversement liée à la probabilité d’être inscrit à l’école). Cela

Figure

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